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DVDEF

Moustache, La

Critique
Synopsis/présentation
L’adaptation d’un roman n’est pas toujours chose facile dans ce monde du septième art. Il est également difficile de dire si la plupart du temps de ces adaptations sont réussies ou ratées. Une chose est sûre, l’idée est beaucoup trop relative d’un spectateur à l’autre. Certains craignent le résultat final, d’autres se meurent de voir les personnages du livre prendre forme sur grand écran. Ce phénomène est du, notamment, à l’idée de choix. L’auteur veut témoigner certaines choses dans son roman, il avait certaines intentions qu’il réussit à faire passer grâce à ses personnages, son histoire, etc. Si un réalisateur décide d’adapter une œuvre littéraire, il doit nécessairement effectuer certains choix narratifs pour que son film tienne la route en dedans de quelques heures. Et il arrive également que les choix du réalisateur modifient drastiquement la vision de l’auteur ce qui peut s’avérer, dans certains cas, très prolifique et dans d’autre cas comme se tirer dans le pied.

Si on prend le cas de La Moustache d’Emmanuel Carrère, vous pouvez oublier cette différence, ou du moins, les principales puisque c’est Carrère lui-même qui signe l’adaptation cinématographique de son roman du même nom. Roman fascinant et intriguant à la fois, il raconte l’histoire d’un homme qui décide de se raser la moustache pour faire plaisir à sa douce, Agnès. Lorsque cette dernière le voit, elle ne remarque rien ou alors, selon l’homme, feint de rien remarquer. Est-il devenu fou ? Sa femme est-elle la tête d’une machination qui le pousse à le rendre fou ? Parfait exemple de l’implication nécessaire du lecteur dans le récit, « La Moustache », est un roman aux multiples interprétations et aux réponses souvent bien peu nombreuses. La finale, qui atteint des sommets d’horreur, laissait le lecteur très perplexe. Encore aujourd’hui, plusieurs lecteurs y vont de multiples théories tentant de percer le mystère de ce roman.

Si l’adaptation cinématographique de Carrère pouvait laisser espérer au spectateur un indice, voire une réponse, il n’en est rien. En fait, le réalisateur propose exactement le même récit, les mêmes (fausses) pistes et multiplie les revirements de situation pour mieux jouer avec le thème de la folie. Tout comme dans le roman, c’est un film où il faut accepter de jouer le jeu et d’être prêt à ne pas nécessairement avoir de réponses claires à la fin du film. Les amoureux du roman ne seront donc pas trop perdus puisque Carrère corrige les « défauts » qui parsemaient son roman dont, entre autres, ces allers-retours à Hong-Kong qui, dans le livre, s’étendaient sur plus d’une trentaine de pages est ici magnifiquement rendu grâce à un montage condensé avec comme fond la trame musicale du toujours génial Philip Glass (The Hours). D’ailleurs, cette piste sonore arrive parfaitement à instaurer l’atmosphère si envoûtante du film. Bien sûr, on nous épargne la mutilation finale du roman pour une finale plus gentille, mais plutôt semblable d’un point de vue symbolique et narratif.

Si Carrère s’en tire plutôt bien du point de vue scénaristique (il a co-écrit le film avec Jérôme Beaujour), il en va de même pour son habileté derrière la caméra. L’auteur en est à son premier long-métrage (il a réalisé le documentaire Retour à Kotelnitch en 2003) et visiblement, personne d’autre n’aurait pu adapter une œuvre aussi insaisissable et Carrère le rend très bien en images. Il emprunte un style plutôt classique empreint de quelques envolées poétiques avec des plans récurrents sur les eaux de Hong Kong. D’ailleurs, une mention spéciale à la direction photo signée Patrick Blossier pour la beauté des paysages de cette ville rendus à l’écran. Sinon, Carrère travaille principalement le même procédé que dans le roman, c’est-à-dire, l’ellipse. Il pourrait d’ailleurs s’agir de ce qui ressemble le plus à un indice, autant dans le livre que dans le film.

Les personnages sont également parfaitement rendus et joués par des acteurs impeccables. Vincent Lindon incarne avec justesse toute l’évolution psychologique de cet être qui lentement perd ses repères et ne peut plus faire confiance à ceux qui l’entoure et à lui-même. Sa partenaire, Emmanuelle Devos, est toute aussi fantastique dans le rôle d’Agnès et joue avec un naturel évident cette femme aimante et troublante à la fois. Les deux forment une réelle chimie et la crédibilité de leur couple est excellente, car c’est sur quoi le film devait en grande partie reposer. Point intéressant cependant, dans le film, Carrère a baptisé son personnage Marc alors que dans le roman, son identité ne nous est pas révélée.

Au final, il est difficile de dire s’il s’agit d’une bonne ou mauvaise adaptation. Il s’agit d’une adaptation fidèle, certes, pour certains peut-être même trop puisque très peu de réponses nous sont apportés quant à l’intrigue. Par contre, en tant que film à part entière, La Moustache est certainement à voir. L’intrigue est absolument fascinante et envoûtante, rappelant à plusieurs occasions le cinéma d’un certain David Lynch. Mais pour apprécier, il faut bien sûr accepter de pénétrer dans l’univers de cet homme. Un univers passionnant, déroutant et complexe.



Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

Comme bien d’autres transferts NTSC de films européens, celui-ci a malheureusement été obtenu par un transcodage de la version PAL utilisée pour l’édition en zone 2. Nous nous retrouvons donc avec le principal défaut d’un transfert PAL à NTSC, ce qui a pour effets de créer quelques dédoublements à l’image ainsi qu’une légère impression de flou. Mais heureusement, le résultat n’est pas si désastreux et se laisse fort bien regarder. On notera également la présence d’un grain cinématographique plutôt prononcé qui est surtout visible dans les plans sombres. Ainsi, le niveau de détails et de textures offert est très acceptable, offrant une image suffisamment nette. Le rendu des couleurs est, quant à lui, irréprochable. La palette de couleurs est judicieusement employée et chacune d’entre elles est parfaitement rendue grâce à une pleine saturation et à une parfaite constance. Même chose pour les tons de peaux qui font preuve de naturel. Les contrastes sont très bien gérés et évitent ainsi les effets de surbrillance. Comme déjà mentionné, le grain de l’image empêche d’accéder à un niveau de détails maximal dans les parties sombres, mais malgré cela, on peut dire qu’elles sont correctement reproduites, particulièrement grâce à de beaux dégradés. Finalement, ce sont des noirs purs et intenses qui complètent ce transfert malgré tout plutôt satisfaisant.



Son
Cette édition propose deux bandes sons en version française aux formats Dolby Digital 5.1 et Dolby stéréo 2.0. Le mixage 5.1 a été celui employé pour cette critique.

Nous avons visiblement entre les mains un film qui ne se prête pas à de nombreuses prouesses sonores, mais il faut avouer que le mixage réussit aisément à miser sur l’ambiance pesante du film. Le dynamisme est donc correct, tout comme la présence plutôt convaincante. Évidemment, le champ sonore se déploie majoritairement à partir des canaux avant alors que les enceintes arrière demeurent assez discrètes et servent surtout à des effets d’ambiance. Les effets d’ambiophonie sont rares, voire inexistants puisque la bande son est principalement axée sur les dialogues des personnages, parfaitement et constamment intelligibles, et sur la sublime trame sonore du compositeur Philip Glass qui s’intègre subtilement et surtout superbement au mixage. L’utilisation des basses est judicieuse lorsqu’elles sont nécessitées, c’est-à-dire rarement alors que pour le canal d’extrêmes graves, le tout est complètement anecdotique. Donc, une bande son qui à défaut d’impressionner se contente de rendre justice à l’atmosphère si particulière de son film.

Des sous-titres anglais sont disponibles.



Suppléments/menus
Très peu à se mettre sous la dent avec cette édition, mais les deux segments offerts sont assez intéressants. Le premier, une « Entrevue (20:02) » en compagnie du réalisateur Emmanuel Carrère et la monteuse Camille Cotte. Leurs interventions sont très pertinentes et intéressantes. On nous apprend, notamment, l’existence de plusieurs scènes supprimées (où sont-elles ?) et encore une fois, alors qu’on croit que Carrère va nous en révéler davantage sur son intrigue … il nous avoue qu’il ne sait pas trop où il a voulu en venir lui-même. Brillante tactique de diversion ! Le deuxième segment est un documentaire « making of (20:22) ». Même s’il ne se distingue pas particulièrement des autres documentaires du genre que nous voyons, les interventions du réalisateur et des acteurs réussissent étonnamment à éviter la flatterie et l’abondance de compliments pour se concentrer sur l’œuvre filmique elle-même ainsi que leurs liens par rapport à cette dernière. Finalement, c’est la bande-annonce du film qui clôt cette brève, mais intéressante partie.



Conclusion
La Moustache est décidément un film à voir. Certes, il ne révolutionne rien dans le monde cinématographique, mais il apporte son lot de questionnements en ce qui concerne l’intrigue. C’est évidemment un film qui ne s’adresse pas à tous les publics puisque qu’il n’apporte pas nécessairement les réponses recherchées par la majorité des spectateurs. Pour les adeptes du roman, il est aussi fortement recommandé puisque c’est Carrère lui-même qui transpose son univers sur pellicule, donc vous ne risquez pas d'être trop déboussolé et ainsi vous pourrez faire votre propre jugement concernant cette adaptation.

Cette édition est relativement satisfaisante. La méthode employée pour le transcodage du transfert d’image est plutôt décevante, mais le résultat aurait pu être pire. Sinon, nous avons droit à une bande son qui réussit à transmettre l’ambiance oppressante du film plutôt que d’épater ainsi qu’à des suppléments qui, à défaut d’être nombreux, sont très intéressants. La véritable raison de l’achat de cette édition devra donc être l’œuvre elle-même d’abord et avant tout.



Qualité vidéo:
2,9/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,1/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2006-11-13

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Moustache, La

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
86 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Métropole Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Entretien avec le réalisateur et la monteuse, documentaire, bande-annonce

Date de parution:
2006-10-03

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