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DVDEF

Night of the Demon/ Curse of the Demon

Critique
Synopsis/présentation
Jacques Tourneur suivit son père (Maurice Tourneur, grand cinéaste français) aux Etats-Unis où il excerça la majeure partie de sa carrière. Celle-ci débuta cependant en France avec Tout ça ne vaut pas l'amour (1931), Pour être aimé (1933), Toto (1933) et Les filles de la Concierge (1934). Sa carrière américaine commença par la réalisation de courts métrages (sous le patronnage de son père) de 1934 à 1939. Il s'essaya ensuite au long métrage américain jusqu'en 1941 sans particulièrement attirer l'attention sur lui jusqu'en 1942 où il réalisa son premier film pour la RKO sous la houlette de Val Lewton : Cat People. Il mit donc cinq années à parfaire son style et sa technique avant d'arriver à la perfection formelle et narrative de Cat People, au départ simple film fantastique de série B qui au final est une oeuvre majeure du Fantastique et un authentique chef d'oeuvre du 7ème Art.

Sa collaboration suivante avec Mr Lewton donnera un autre chef d'oeuvre : I Walked with a Zombie (1943) où il reprend ses idées de mise en scène abordées dans Cat People. Il suggère l'horreur et l'indicible, se gardant bien de montrer des choses affreuses, préférant faire confiance à l'esprit du spectateur pour créer la peur et le malaise à partir de l'obscurité et de ses nuances (qu'il manie comme personne). Le troisième film de cette grande période qui, même s'il est un léger ton en dessous des deux autres, reste tout de même un film fantastique de haute volée réalisé dans un style inimitable : The Leopard Man (1943). Il explorera en suite quasiment tous les styles hollywoodiens en les marquant de son empreinte où se mêlent intelligence des scripts, génie de la mise en scène et à la fois respect et détournement des conventions des genres. Le film noir avec Experiment Perilous (1944), Out of the Past (1947), Berlin Express (1948), Circle of Danger (1951), Nightfall (1956). Le Western avec Canyon Passage (1946), Way of a Gaucho (1952), Stranger on a Horseback (1954), Wichita (1955).

Il passa par le film d'aventures pseudo historique avec l'excellent et décalé The Flame and the Arrow (1950) et le film de pirates, qui narre les aventures d'une femme pirate, Anne of the Indies (1951).
Il tourna aussi des films dont le sujet l'inspirait peu mais qui, en dépit de son talent, s'avèrent être ratés et/ou ennuyeux : La Bataille de Marathon (1959), The Fearmakers (1958), Timbuktu (1959), War Gods of the Deep (1965). Il refit deux incursions géniales et passionnantes dans le fantastique après sa période RKO/Val Lewton, en 1957 avec le film qui nous intéresse aujourd'hui The Night of the Demon et en 1963 avec A Comedy of Terrors, où l'humour noir règne en maître.
Dans The Night of the Demon, un psychologue américain (Dana Andrews, surprenant et très subtil) spécialisé dans l'explication rationnelle et clinique des phenomènes paranormaux, vient en Angleterre après le déces brutal d'un de ses collègues. Ce dernier enquêtait sur le culte fait autour de Mr Karswell (Niall Mc Ginnis, absolument épatant), qui prétend être un magicien contôlant des démons. Nous suivrons donc la progression du doute dans l'esprit du Dr John Holden au départ fervent partisan de l'explication rationnelle et scientifique.

Dès le génial générique sur fond de Stonehenge, il ne fait aucun doute que Jacques Tourneur croyait en la magie (blanche ou noire) et que son film servira à tenter de persuader l'audience de son existence. C'est d'ailleurs exactement ce qui arrive au héros du film qui, de fervent défenseur du réel et du tangible, passe progressivement au doute puis à la croyance en la magie.

Le seul problème avec ce film fabuleux est que les producteurs (n'étant pas aussi avisés et intelligents que Val Lewton, qui travailla en collaboration étroite avec Tourneur) n'ont pas hésité à lui imposer l'obligation de tourner deux scènes d'exposition du démon où celui-ci est clairement montré et son existence confirmée. Que ces séquences aient été rajoutées paraît plus qu'évident car toute l'histoire tourne autour du fait que l'on ne sait jamais si le Pr Holden hallucine ou s'il est réellement en présence de phénomènes surnaturels. Plusieurs scènes laissent planer un doute à ce sujet, l'attaque par le chat/panthère dans la maison de Karswell, la fuite dans les bois où Holden prend peur (poursuivi par un nuage de fumée qui correspond sans doute à la seule représentation du démon que Tourneur souhaitait donner), la perte de repères dans le couloir avant de rejoindre ses collègues scientifiques (qui eux croient à l'existence de ces forces maléfiques). Ainsi la présence de ce ridicule démon en carton pate dès les premières bobines du film vient considérablement en amoindrir l'impact et surtout le transformer en film fantastique banal où tous les enjeux sont connus dès le départ.

Cependant, le spectateur avisé saura faire abstraction de ce problème tant le reste du film est excellent et rempli d'humour noir, de sous entendus qui rendent encore plus ineptes ces rajouts. On peut considérer que la deuxième et finale apparition du démon est beaucoup plus logique, même si elle est en totale contradiction avec le système de Tourneur. Les immenses qualités de ce film : un casting remarquable, une mise en scène inspirée (comme toujours chez Tourneur), un fabuleux travail sur l'éclairage (les premières scènes où la voiture roule de nuit), une utilisation originale du son (un grand contraste entre des scènes dialoguées tout bas et des effets travaillés au volume plus élevé), un script intelligent (sauf les rajouts imposés), en font un film fantastique majeur qui oeuvre pour le respect du fantastique et son acceptation dans le rayon des genres reconnus dignes de figurer dans l'histoire du cinéma.

La sensation d'instabillité, de vertige et de doute distillée par ce chef d'oeuvre le placent dans la droite ligne de ses films réalisés pour la RKO et font de Jacques Tourneur un cinéaste unique et passionnant ayant créé un style tellement personnel qu'aucun n'est arrivé à le copier avec succès.
Les différences entre les deux versions proposées sur cette édition (The Curse of the Demon étant le montage américain plus court de 14 mins) montrent bien que les producteurs n'ont rien compris à son oeuvre. Sont ainsi supprimées des scènes a priori banales mais qui ajoutent pourtant énormément au climat d'étrangeté du film et au doute dans lequel est plongé le héros. En gros, le film reste efficace mais perd en subtilité. Il apparaît donc évident que la version à visionner est The Night of the Demon qui respecte le plus les idées de son auteur.

Vous aurez donc compris que ce film est totalement indispensable et donc recommandé comme introduction à l'oeuvre de cet immense cinéaste (pas assez reconnu, peut-être trop subtil ?) qu'était Jacques Tourneur.


Image
Les deux films sont proposés sur la même face du disque DVD. Le format natif en 1.66 est bien respecté. Ces transferts, anamorphosées et entièrement restaurées, sont séduisantes sous bien des aspects mais possèdent néanmoins des lacunes.

La définition générale est d'excellente qualité avec une bonne profondeur de champ et profusions de détails (bien que certains passages soient moins précis), mais les interpositifs sont quasiment aussi sales que celui de The Revenge of Frankenstein (rayures, points blancs, traces). C'est d'autant plus dommage que les contrastes sont vraiment superbes et que la profondeur des noirs permet de restituer magnifiquement la véritable composition dramatique effectuée par Jacques Tourneur au moyen des éclairages dans ses films.

Ainsi toutes les scènes diurnes ne font pas l'objet d'un travail spécial, alors que les scènes sombres prennent littéralement vie grace à l'excellent rendu des dégradés de gris. Le côté numérique du transfert est quant à lui bien traité et ne présente que très peu de défauts apparents (fourmillements et parasites légers). A noter que les très légères différences visibles entre les deux copies donnent un tout petit avantage à celle de The Curse of the Demon.

Il est vraiment dommage qu'une nouvelle fois, une très belle copie soit dépréciée par un défaut (certes surmontable) qu'il est a priori relativement aisé de supprimer. Comme pour la copie de The Revenge of Frankenstein on a l'impression qu'une étape du travail de restauration a été oubliée : le nettoyage de l'interpositif. Cependant le plaisir est si grand de découvrir ce film avec toutes les nuances qu'avait voulu y mettre son auteur que ce défaut ne vient que peu le perturber. A noter qu'il aurait été peut-être plus judicieux de placer chaque version sur une face du disque de façon à garder la meilleure qualité possible.


Son
La seule bande-son disponible est en Anglais (DD 2.0 stéréo). Elle n'a malheureusement pas été aussi bien restauré que l'image et cela s'entend.

La dynamique est plutôt faible et du coup pénalise la spatialité et la présence de cette bande son. Le volume de sortie est bas et oblige à monter le niveau sonore et donc à froler la saturation en permanence. L'intégration des effets et de la musique (absolument prépondérantes pour ce film) est réussie malgré un déploiement du champ sonore limité. Les dialogues sont bien rendus malgré quelques sifflantes et parasites lors de certains passages. Les basses fréquences sont quant à elles étonnamment présentes pour une bande-son de cette époque et viennent agréablement donner l'ampleur qui lui fait défaut lorsque les scènes l'exigent.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Japonais. Une bande-son qui n'est pas à la hauteur de l'image et même si elle s'avère satisfaisante en l'état (malgré des défauts assez prononcés dûs à son age), il est dommage que la restauration effectuée par la Columbia Tristar n'ait pas été plus efficace.


Suppléments/menus
Une section malheureusement vide alors que le film l'aurait largement mérité et même necessité (information sur l'avis de J. Tourneur sur les plans explicites du démon). En fait, l'astuce marketing consiste à faire passer la vraie version du film pour un bonus. Curse of the Demon étant la version tronquée, mais habituelle aux Etats Unis, Night of the Demon devient donc le supplément de cette édition. On peut se demander quel est l'intérêt d'inclure la version remontée d'un film alors que la vraie version (et non pas un ¨director's cut¨ fabriqué à la hate pour la sortie DVD) est disponible et présente sur le même support.

De même, pourquoi avoir inclu ces deux bandes-annonce, alors qu'elles n'ont aucun rapport avec le film (The Bride et Fright Night) et aucun interêt en elles-mêmes. Il est donc bien dommage que la Columbia Tristar n'ait pas poussé jusqu'au bout son travail et ne propose pas les suppléments que tout amateur de fantastique est en droit d'attendre pour l'édition d'un tel chef d'oeuvre.




Conclusion
Une édition correcte au final car ses défauts sont aussi importants que ses qualités. Ce merveilleux film du grand cinéaste qu'était Jacques Tourneur mérite les plus vives recommandations pour tous spectateurs avides de cinéma fantastique dans tous les sens du terme.



Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-09-01

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Night of the Demon

Année de sortie:
1957

Pays:

Genre:

Durée:
82 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Français
Japonais

Suppéments:
Bandes Annonces

Date de parution:
2002-08-13

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