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DVDEF

Millenium Actress

Critique
Synopsis/présentation
Second opus du réalisateur Satoshi Kon, Millenium Actress nous est proposé en format DVD via Dreamworks Home Entertainment.

Ce film d’animation est la seconde réalisation du duo Kon et Sadayuki Murai qui avaient déjà co-écrit le très renommé Perfect Blue (1997). Le réalisateur Kon est associé aux plus grands noms de l’anime au Japon, passant de Otomo à Oshii dans deux réalisations importantes de ces derniers. C’est d’ailleurs le lien entre lui et Otomo (Akira) qui a permis à Kon de s’imposer comme réalisateur. Otomo et Kon se sont rencontrés pour la première fois durant la production du second long métrage de Otomo, Roujin Z, ou il officiait dans la création des arrières plans et de leur animation. Ce travail lui permis d’être appelé sur la production de Patlabor 2 (réalisé par Mamoru Oshii) pour la même tache. Il est d’ailleurs reconnu que Kon a développé des arrières plans si « vivant » qu'il a imposé un style sur ce film (une espèce de contemplation urbaine), style qui se retrouve magnifié par Oshii dans son œuvre la plus célèbre, Ghost in the Shell (pour les amateurs, Oshii termine en ce moment la direction de Ghost in the shell II pour les studios IG).

Suite à ces tours de force, Kon se voit proposer une place de co-scénariste avec Otomo sur le magnifique Memories (1996). C’est réellement sur le premier segment (de trois) que Kon se fait la main comme réalisateur. Memories reste une des œuvres majeures du cinema Manga des années quatre-vingt dix, malheureusement très mal vendu à l’étranger. Une édition Zone 1 est toujours attendue. L'année suivante, avec l’appui de Otomo, Satoshi Kon se lance dans Perfect Blue, écrit et réalisé par lui-même. Ce film au succès fabuleux (et amplement mérité) intégrait un univers déjà exploré dans Memories, les mélanges du réel et de la fiction ou la frontière est toujours floue. Ce film avait remporté en 1997 le prix du meilleur film Asiatique du festival Fantasia. Perfect blue reste un film majeur dans l’industrie de l’anime, par son thème et son traitement. Le réalisateur Darren Aronofsky a d’ailleurs acquis les droits de ce film, et certaines scènes de Perfect Blue sont reproduite dans son film « Requiem for a Dream » (la scène fœtale dans la baignoire). Malgré qu’il n’en soit pas crédité, la rumeur voudrait que Otomo ait largement participé à la production de Perfect Blue.

C’est donc la même équipe qui tente de reproduire le succès de Perfect Blue avec ce nouvel Opus, Millenium Actress. Le thème de la limite entre réalité et fiction, et la qualité intrinsèque de cette production sont le lien entre ces deux films, Millenium Actress se distancie réellement du premier film. Loin de la violence psychologique du premier opus, ce long métrage traite plutôt du souvenir et de l'histoire.
A la veille de la destruction de grands studios Japonais, une équipe de reportage se rend chez une des plus grandes stars de l'époque d'or de ce studio pour une interview. Cette actrice, Chiyoko Fujiwara mène une vie de recluse depuis la fin de sa carrière. Ce film nous propose donc de suivre la vie de Chiyoko, tant professionnelle que personnelle, depuis les années quarante.
Tour de force de l’écriture, en plus d'aborder l'histoire contemporaine japonaise, l’histoire de Chiyoko passe aussi par ses films, qui eux couvrent une période historique beaucoup plus large. Cela permet de voyager de l'antiquité japonaise au futur, toujours accompagné par l’interviewer Tachibana (qui est un admirateur de Chiyoko depuis de très nombreuses années) et son jeune cameraman. Comme pour Perfect Blue, Satori Kon a supprimé toutes les notions de transitions permettant au spectateur de se situer dans l’histoire. Il est donc impossible au premier abord de savoir si l’on se trouve dans la réalité, dans un souvenir ou dans un des films. Cette structure qui peut paraître étrange avait été testée dans perfect blue permet de donner au film une dimension très onirique, passant d’un univers à l’autre sans jamais aucune coupure narrative. Au spectateur ensuite de faire un léger travail de reconstruction, travail facilité par l’interviewer et son cameraman qui sont présents (et parfois même participent) aux différents événements racontés. Cette approche permet encore de mieux mélanger réalité et fiction, on vit les événements non seulement racontés par la star, mais réinterprétés par les journalistes. Ce procédé de mise en abîme narrative offre des outils et une liberté justement exploitée par le scénario.

En plus de ces qualités narrative et historique, Millenium Actress nous offre une animation et un niveau de détail très élevé. Il suffit de regarder l’animation de Chiyoko qui court dans la ville pour reconnaître un réel tour de force animatique. On sent de plus le passé de responsable des arrières plans du réalisateur, certains de ces derniers sont d’une richesse rare (voir les veinages du bois dans l’appartement de Chiyoko). Différentes scènes sont très stylisées (comme l’utilisation de certains points colorés dans des plans noirs et blancs) et offre une « touche » artistique réellement intéressante.
L’ensemble de ces qualités a permis à Millenium Actress de remporter le prix Fantasia 2001, et il est fortement question que ce film soit nominé aux Oscars 2003 (car il a été distribué cette année aux Etats-Unis). Tokyo Godfathers, le troisième opus du réalisateur sera probablement lancé avant 2004 afin d’obtenir une nomination lui aussi et ainsi obtenir la publicité associée.

On ne peut que regretter le travail promotionnel fait par Dreamworks autour de Millenium Actress. Distribué seulement dans 18 salles aux Etats-Unis, et sans avoir investit dans un doublage en Anglais, son succès a été interdit par manque d’investissement. Il est évident que Dreamworks aurait eu du mal à justifier le très moyen Sinbad face à un film de cette qualité, et nous rappelle un peu le travail très moyen des studios Disneys pour les films de Miyazaki avant le succès de Mononoke.

L'animation Japonaise prend une place de plus en plus importante dans le monde de l’animation traditionnelle. Hormis les sorties des studios Pixar, le monde de l’animation est très largement supporté par ces très bonnes sorties. Le futur proche sera d’ailleurs révélateur de cette tendance. De très nombreux films de très grande qualité sont attendus, qu’il s’agisse de GitS II ou du prochain Miyazaki.

En attendant (et en espérant) de voir ces futurs sorties dans les salles, c’est le marché du DVD qui supporte ce genre, et Millenium actress nous est proposé d’une manière tout à fait adéquate.



Image
Millenium Actress est présenté au format respecté de 1.78:1 d'après un transfert 16:9. L'image offerte est de bonne qualité, toujours parfaitement nette et riche en détails. L'interpositif utilisé, récent, ne présente aucun défaut apparent, hormis quelques points noirs de temps à autres (mais très discrets). L’attention portée par Satori Kon dans ses arrières plans est supporté par un très bon niveau de détails qui offre des textures détaillées (voir le veinage du bois, qui même lorsqu’il est animé reste parfaitement net).
Les couleurs sont très bien étalonnées et restent constantes sur toute la durée du programme. Aucun débordement n’a été constaté, et s’il est toujours délicat de parler de naturalité pour ce type de production, il n’en reste pas moins que la palette de couleurs très riche utilisée est parfaitement restituée. Les contrastes et la brillance sont constant sur toute la durée du programme, et ce dans toutes les conditions d’éclairage (de nuits ou dans des fonds blancs neigeux). Les parties sombres sont riches de détails et les dégradés très bien rendus, les noirs toujours profonds et purs.

Le transfert souffre d’un léger problème de sur-définition qui peut par moment être agaçant, sans toutefois réellement nuire à la qualité générale de l’image. Mis à part ce point, aucun problème strictement relié à la compression n’a été constaté.



Son
Deux bandes sons japonaises nous sont proposées, une première en Dolby 2.0 Surround, la seconde en Dolby Digital 5.1.

La bande son Dolby Digital 5.1 est d'un niveau très élevé, et l’on sent pleinement ici la rupture entre le succès cinéma d'Amérique du nord par rapport aux ambitions de son pays natal. En effet, ce film qui n’a fait aucun bruit lors de sa sortie se trouve être assorti d’une magnifique bande-son, d'une qualité normalement réservée aux plus grosses sorties nord américaines. Cette bande son est très dynamique, sachant appuyer tous les effets recherchés, et offre une spatialité très convaincante. Le champ sonore est vaste et parfaitement localisé.
Les différents éléments sont parfaitement intégrés, tant d’un point de vu de placement que de balance. Le mixage est à cet effet exemplaire, mettant en valeur les éléments nécessaires tout en conservant des environnements sonores réalistes. La séparation des canaux précise permet en outre une superposition de sons nette et sans effets de cumuls. La trame sonore sait prendre sa place et supporter l’action sans jamais la noyer.
Les effets d'ambiophonie sont nombreux, ce qui peut paraître étonnant vu la nature plutôt contemplative de ce film, mais cet effet permet de souligner le lien direct entre l’actrice et son métier (la scène du film de science fiction offre à ce titre une intégration digne des films les plus récents, et nous place un peu plus dans ce genre de cinéma). Ces transitions sont nombreuses et fluides, et permettent une immersion optimale.
Les dialogues sont eux aussi parfaitement intégrés, toujours naturels et placés dans leur environnement. Une mention toute particulière doit être émise concernant le magnifique jeu des acteurs, qui savent insuffler une réelle vie à ce film d’animation. L'absence d’une bande sonore Anglaise ou Française est certainement dommage, mais devant la qualité du travail des acteurs, il est rassurant de penser que ceux qui feront l'effort d’un visionnement en version originale seront forcément récompensés.

Les basses sont d'un niveau très satisfaisant, rondes et naturelles. Les effets d’extrême grave sont intelligemment répartis, sachant supporter quelques événements sans jamais devenir intrusifs.
Si Perfect Blue avait été remarqué pour ses qualités sonores, ce parti prit de la production a été respecté pour ce second opus. La qualité est définitivement au rendez vous.

Des sous-titres en français et en anglais sont offerts.



Suppléments/menus
Cette édition se compose d'un unique disque double couche. Les suppléments sont très limités pour cette édition, mais considérant que Dreamworks n’a pas jugé nécessaire d’investir dans un doublage, il n’est pas surprenant que ces derniers soient très limités. En plus d’une bande annonce (celle du marché américain) un documentaire qui semble avoir été produit pour la télévision nippone. Ce segment d’une durée de 41 minutes nous propose une longue entrevue du réalisateur entrecoupé des commentaires de différents intervenants.

Quoi que d’une facture très conventionnelle ce documentaire offre des informations très pertinentes et permet de mieux saisir les enjeux de cette production. Les informations données sont pertientes et sauront satisfaire le plus grand nombre.
Comme toujours, on peut regretter que les compagnies qui distribuent ce genre cinématographique ne propose pas de segments permettant de resituer l’œuvre dans sa culture d'origine. Les animés sont traditionnellement très ancrés dans la culture populaire nippone, et c'est dans ce lien serré que ces films prennent toute leur valeur.

Pour finir, si Dreamworks prévoit de distribuer le futur film de Satori Kon (Tokyo Godfathers) en fin d’année 2003, il aurait été intéressant de voir les bandes annonces disponibles actuellement sur Internet.




Conclusion
Millenium Actress est une fois de plus l'occasion de se rendre compte que le cinéma d'animation vit maintenant au Japon. Si l'Amérique du Nord se contente d'une recette qu’elle recompile sans arrêt, L'industrie de l'animation japonaise ne cesse de proposer des produits toujours plus séduisants pour une clientèle toujours plus large. Si la culture manga a prise d'assaut l'europe (La france plus particulièrement) c'est certainement car cette culture comblait les manques générés par l'industrie américaine en terme d'animation. Le héro affublé d'un partenaire hystérique a certainement fait son temps, il est temps de passer à autre chose.

Autant le matériel source est d’une qualité supérieure et est parfaitement rendu ici, autant le manque d’intérêt marketing de la compagnie Dreamworks est révélé par le manque de suppléments et de bande sonore doublée.
Les amateurs y trouveront donc un DVD de qualité pour un film de qualité, les autres auront l’opportunité s'ils en font l’effort de découvrir un très beau film.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Thomas Geffroyd

Date de publication: 2003-11-09

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Sennen Joyu

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
87 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Dreamworks

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Japonaise Dolby Digital 5.1
Japonaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:

Date de parution:
2003-10-28

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