Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Taboo

Critique
Synopsis/présentation
Nagisa Oshima (1935) est l'enfant terrible incontesté du cinéma japonais. Cet avocat de formation a à son actif une filmographie particulièrement critique et provocante. Il est surtout connu pour son film l'Empire des sens, mais plusieurs oeuvres sont beaucoup plus critiques. Mentionnons Gishiki (La cérémonie) qui jette un regard féroce sur une société japonaise d'après-guerre dont les valeurs sont devenues dénuées de sens, ce qu'elle refuse d'admettre et Koshikei (La pendaison), un réquisitoire contre la peine de mort et l'absurdité de son application. Contrairement à la plupart des réalisateurs nippons, il a fait quelques productions en Occident dont Merry Chrismas Mr Lawrence (avec David Bowie) et Max mon amour. Il y a quelques années, Oshima a subi une attaque cérébrale, ce qui l'a éloigné du cinéma.
Son dernier film Taboo (Gohatto) marque un retour au cinéma après une absence de treize ans. L'histoire de Taboo se situe en 1865, à la fin du règne des Tokugawa, dernière dynastie de shoguns. Un jeune postulant samurai du nom de Kano, à la beauté androgyne, éveille les passions amoureuses chez certains guerriers d'une milice de la ville de Kyoto. Cette grande beauté éveille la convoitise et le jeune homme finit par tuer ses amants.
Le scénario, écrit par Oshima, est une adaptation d'un roman de Ryotaro Shiba. Bien que tiré d'une oeuvre de fiction, le contexte historique est authentique. Oshima s'intéressait depuis longtemps à cette période qui fait le pont entre le Japon féodal et l'époque moderne. Oshima choisit toutefois de jeter un regard intimiste sur un groupe de guerriers portant le nom de Shinsengumi, hommes opposés à la restauration des pouvoirs de l'empereur.
La mise en scène est un heureux mariage entre l'esthétisme d'Ozu et la dramaturgie de Pasolini. D'Ozu, le réalisateur garde le classicisme: la mise en image soignée, très rigoureuse, se caractérise par son dépouillement. Comme chez Ozu, la caméra d'Oshima est souvent au même niveau que les personnages. Lensemble offre une très grande beauté picturale.
De Pasolini, Oshima applique le même principe narratif que dans Theorema: un individu, inséré dans un groupe homogène, le fait ultimement éclater. À l'image du personnage de Pasolini, Kano, avec sa beauté funeste, est le fossoyeur d'un code d'honneur sur le point de disparaître. Kano est la beauté et la mort.
Le geste posé par le capitaine de la milice (interprété par Takeshi Kitano), couper en deux un cerisier en fleurs, est le symbole de la fin d'un régime. Cet homme prend soudainement conscience du mal qui ronge les règles qu'il a toujours défendues. Toutefois, ce dernier plan cache peut-être un autre sens. Pour les Japonais, la vie est éphémère et Oshima en a fait la douloureuse expérience en 1995 lorsqu'il a été victime d'une attaque cérébrale. Oshima nous dit peut-être que Gohatto est sa dernière oeuvre... Espérons que ce n'est pas le cas.



Image
Pour cette édition zone 1, nous avons droit au même transfert que l'édition zone 2 parue chez Studio Canal+. Nous ne pouvons qu'encourager ce genre de partenariat qui nous permet d'avoir accès à un catalogue de films d'une autre source qu'Hollywood. Ce qui ne gâche rien, l'image de cette édition est plus qu'honorable : l'interpositif est, à toutes fins pratiques, exempt de parasites.
Le transfert numérique est au format de 1.66:1 anamorphique et il est de bonne qualité. La splendide photographie impressionniste de Toyomichi Kurita est très bien rendue. Les couleurs sont naturelles, mais ne sont jamais éclatantes, comme le voulait Oshima. Ce parti pris donne un aspect presque monochrome à certains plans. Les noirs sont beaux et stables et il n'y a rien de spécial à signaler de ce côté.
La définition résulte en une image d'une excellente netteté. Le contour des formes est généralement bien découpé. Le contraste équilibré est dans la bonne moyenne des éditions DVD de milieu de gamme. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette image agréable à regarder.



Son
Le disque renferme deux bandes sonores, la première est japonaise et l'autre, française; toutes les deux sont Dolby digital 2.0 stéréo. Le mixage est sensiblement le même sur les deux bandes sonores : il est équilibré et d'une intelligibilité constante. Ce n'est pas une bande sonore tonitruante, mais elle est très détaillée et subtile. On ne note aucune scène en particulier qui exige de posséder un système de cinéma-maison très performant. Le son provint principalement des enceintes avant, avec une bonne fidélité. Les enceintes arrière servent principalement à quelques rares effets d'ambiance et à la musique.
La version française est très acceptable. L'adaptation respecte au moins l'esprit des dialogues originaux. Cela dit, il est inacceptable que TVA International n'offre pas de sous-titres en français sur cette édition : le public-cible de ce genre de production sait généralement lire... En plus, lorsqu'on regarde la version doublée, on constate que les intertitres ne sont pas traduits. Cette lacune est plus qu'un irritant, car de précieuses informations sont transmises au spectateur par le biais de ces textes.



Suppléments/menus
Le seul supplément proposé sur ce disque regroupe de maigres notes sur les principaux acteurs et le réalisateur. TVA International a acheté le transfert, mais pas le supplément offert sur l'édition zone 2, incluant des entrevues et une galerie de photos. Cela est vraiment dommage.




Conclusion
On ne peut que se réjouir qu'un partenariat s'établisse enfin entre les éditeurs zone 2 et ceux d'ici, d'autant plus que l'édition ici présentée par TVA International est très honorable au plan technique. On regrettera toujours le sous-titrage en français, mais "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"! Souhaitons que cette relation soit longue et fructueuse.
Le film est absolument splendide même si, par moments, il donne l'impression d'assister au chant du cygne d'Oshima. À tous les amateurs d'une cinématographie différente, nous disons : "Ce titre est pour vous!"


Qualité vidéo:
4,1/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
2,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Sylvain Lafrenière

Date de publication: 2002-01-21

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Toshiba 32 pouces, Récepteur Sony STR-DE945, Lecteur DVD Sony DVP-S360, enceintes Energy, câbles Cable Accoustic Research

Le film

Titre original:
Gohatto

Année de sortie:
1999

Pays:

Genre:

Durée:
91 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
TVA Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Japonaise Dolby 2.0 stéréo
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Notes biographiques

Date de parution:
2002-01-02

Si vous avez aimé...