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DVDEF

Stalker

Critique
Synopsis/présentation
Andrei Tarkovski est un cinéaste majeur et un grand artiste tout court. Son oeuvre n'a jamais vraiment rencontré les faveurs du grand public et cela est plutôt compréhensible au vu de sa profondeur, de sa "lenteur", de sa complexité et du travail énorme demandé au spectateur pour en saisir toutes les implications.

Dès son film de fin d'études, Le Rouleau Compresseur et le Violon (1960), son sens de l'esthétique éclate. Dans son film suivant, L'Enfance d'Ivan (1962), il pourra approfondir le thème de l'héroisme des jeunes Russes face à l'envahisseur allemand (une commande des autorités), et le pervertira en faisant ressortir l'évidence que les enfants sont faits pour être aimés et non pour faire la guerre. Ceci lui vaudra un accueil mitigé auprès de ses commanditaires mais cela ne sera rien face au tollé déclenché par la sortie d'Andrei Roublev (1969). Le choc estéthique provoqué par cette oeuvre est l'un des plus intenses qui soit et n'est égalé que par la puissance de son contenu. Un jeune moine artiste y vient à douter de sa foi à cause de la barbarie du monde qui l'entoure. Les autorités russes feront retirer le film des écrans dès sa sortie pour des raisons inconnues officiellement.
Il reviendra à un sujet moins dérangeant mais tout aussi troublant avec Solaris (1972), où il détourne les codes du film de science-fiction et propose un film sensible sur l'amour, la mémoire et le souvenir (encore une fois très abouti visuellement).

Ensuite, il tournera avec Le Miroir (1974) son film le plus autobiographique, à la strucure complexe et novatrice. Les autorités russes seront encore une fois outrées par le contenu de l'oeuvre et par sa beauté. A nouveau le sens esthétique de Tarkovski est sidérant et l'on peut qualifier la beauté de ses images d'hypnotique et envoûtante (il parle d'ailleurs de l'hypnose dans ce film). Il utilise comme personne l'alternance du noir et blanc et de la couleur, et l'on pourrait se risquer à dire que ses oeuvres se suffisent à elles-mêmes sur le plan visuel (si l'on fait abstraction du fond). De plus, leur contenu est constamment à la hauteur du contenant et c'est en cela que Tarkovski s'impose définitivement comme un des artistes majeurs du 20ème siècle (au même titre que S. Kubrick, mais dans un style radicalement différent). Pour tourner Stalker (1979, film qui nous intéresse aujourd'hui), il traversera la plus dure épreuve de sa carrière. En effet, après un an de tournage, le négatif du film sera massacré par un studio russe et il devra entièrement le retourner. L'oeuvre sera tellement mal accueillie par les autorités russes qu'elles se refuseront à la présenter au Festival de Cannes.

Voyant son intégrité artistique compromise, il émigrera en Italie où il tournera Nostalghia (1983) qui raconte l'histoire d'un intellectuel russe visitant l'Italie. A nouveau un film unique, magnifique et profond où il décrit le sentiment d'isolement et de solitude qui est également le sien, de la façon la plus boulversante qui soit. Pour ce qui sera sa dernière réalisation, Le Sacrifice (1986), il se place sous l'égide de Bergman (il sera tourné en Suède) et réalise un film testamentaire. Ses images sont à nouveau boulversantes, surtout qu'elles entrent directement en résonnance avec sa situation personnelle (il est alors mourrant d'un cancer des poumons).

Un cinéaste unique à la sensibilité à fleur de peau qui laisse derrière lui une oeuvre résolumment non commerciale et plus difficile à appréhender que celles d'autres grands maîtres du cinéma.

Stalker (1979) est adapté d'un roman des frères Strugatski (grands écrivains russes de science-fiction). On y admire (nous n'avons pas d'autres mots tant les images sont belles) un Stalker, sorte de guide, emmenant un savant et un intellectuel dans la Zone. Cette Zone (au sein de laquelle les lois physiques et temporelles sont totalement différentes), qui reésulte du passage d'extra-terrestres, est bouclée par la police car personne n'en est jamais revenu à part les Stalkers. En son sein, il y a une pièce qui permettrait à celui qui y entre de voir son désir le plus profond exaucé. Nous nous répétons certes, mais la beauté des images vous rive au fauteuil dès le début. On a l'impression d'assister à une projection de photographies et si l'on se laisse entraîner par le visuel (noir et blanc puis couleur), on peut pour une première vision se passer de la compréhension du sens profond du film. Passé le choc esthétique (c'est à dire après le premier visionnement), on sera frappé par l'intelligence des idées présentées et par la profondeur et la complexité de la reflexion qu'elles déclencheront en nous, ce qui est le propre des grandes oeuvres d'art. Certes, la langue peut être une barrière de même que la relative lenteur des scènes, mais ce film fait partie de ceux qui nécessitent un investissement total de la part du spectateur (cf Don't Look Now). La précision extrême de la composition des cadres, de l'agencement des éléments présents, les mouvements de caméra et la rigeur du montage confèrent un aspect hypnotique à l'image qui permet à Tarkovski de se passer de progression dramatique précise. Ceci déroute souvent les spectateurs au premier abord, mais là n'est pas son intérêt, il préfère exprimer sa conception de la vie (ici il parle de la religion, de la vanité des hommes, de l'espoir, des désirs profonds, de la relativité du temps, de l'humilité que l'humanité devrait avoir) par des dialogues brillants et des mises en situation. Il s'agit d'un film profondément religieux, mais dans le bon sens du terme, qui fait du Stalker une figure christique qui sera finalement celui par qui l'espoir arrive (plus précisément par sa fille). De toute façon, Stalker fait partie de ces oeuvres dont chaque vision éclaire un nouveau pan, un nouvel aspect, et il est impossible de parler de l'intégralité de son sens sans avoir l'air ridicule.

La musique électronique d'E. Artemiev vient idéalement renforcer l'aspect hypnotique du film. Les acteurs paraissent tous possédés par la profondeur du sens instillé par Tarkovski dans son film et sans leurs prestations intenses (surtout A. Kaidanovski qui personnifie le Stalker), le film n'aurait sans doute pas un tel impact.

Il est évident que la dimension commerciale du cinéma de Tarkovski n'est pas sa qualité principale. Par contre, tous les cinéphiles qui souhaitent découvrir une nouvelle facette de leur art préféré sont invités à voir ce film. En effet, on visite ce film comme on visite un musée en s'extasiant sur la beauté des images dans un premier temps, puis en cherchant la signification de l'oeuvre, et pour finir on cogite et extrapole sur la réflexion de l'artiste. En somme, si vous décidez de voir ce film dans les dispositions requises, il y a de fortes chances qu'il vous suive jusqu'au bout ; dans le cas contraire, vous risquez de passer à côté (ce qui serait fort dommage mais compréhensible).


Image
Cette édition DVD propose une image au format de 1.33:1, qui est bien le format initial de l'oeuvre. La composition des plans est si précise chez Tarkovski que si une quelconque altération du ratio avait eu lieu, elle serait immédiatement visible.

La définition générale est très bonne bien que moins précise dans la partie couleur que dans la partie noir et blanc. A part quelques poussières et une ou deux curieuses bandes verticales, l'interpositif est très propre. L'extrême soin que Tarkovski apportait à la fabrication de ses images est bien relayé par une finesse des détails, et surtout des textures, étonnantes. Les couleurs sont bien traitées et leur aspect un peu passées est voulu par le réalisateur. C'est surtout au niveau de leurs nuances que cette copie est vraiment bonne. Le contraste est très poussé dans ce film (principalement dans les parties noir et blanc) et sa gestion est bonne sans toutefois arriver à supprimer toutes les brillances (peu gênantes toutefois). Les parties sombres du film sont très bien rendues grâce à des noirs profonds et un contraste bien exploité. Les parties noir et blanc sont même impressionantes de détails et rendent pleinement justice au splendide travail effectué sur l'image.

La partie numérique du transfert est quant à elle plutôt moyenne sur l'ensemble. Si certains plans sont tétanisants de beauté et de perfection, d'autres en revanche se révèlent mals voire très mal encodés. Au début du film, le lit du du Stalker donne l'impression d'avoir été inséré tellement il bouge alors que le fond de l'image est très stable. Au cours du film, outre des fourmillements relativement présents, l'image donne parfois l'impression de se figer (comme sur les mauvais transferts). Ceci est d'autant plus étonnant que le film est réparti sur deux disques (DVD 1 : 62 mins et DVD 2 : 92 mins, un total de 154 mins et non 163 comme indiqué sur la pochette) pour des raisons de qualité de pressage justement. Nous avions déja remarqué le même problème sur l'édition Zone 2 de Solaris qui, malgré sa répartition sur deux DVD, s'avère aussi sujette aux problèmes numeriques (gel d'image, moirage, légère surdéfinition). Il semblerait donc que Ruscico ne maîtrise pas totalement l'encodage numérique, ce qui est fort dommage au vu des autres qualités de leurs transferts.

Il serait toutefois dommage de se gâcher le plaisir de pouvoir visionner une des plus belles oeuvres du cinéma dans des conditions quasi parfaites pour des détails (car au final ces défauts s'avèrent peu gênants même s'ils peuvent l'être sur l'instant).




Son
Les deux bandes-son de cette édition sont disponibles en Russe (DD 5.1 surround) et Russe (DD 1.0 mono).

Le mixage multicanaux présente une dynamique excellente et du coup, offre une spacialité et une présence très fortes (voire trop fortes). La séparation des canaux est remarquable ainsi que l'intégration de la musique au reste de la piste. Là où le bât blesse, c'est au niveau de l'utilisation des enceintes arrières qui s'avèrent beaucoup trop présentes et envahissantes, détournant souvent l'attention du spectateur de façon inutile (les bruits du train, des coups de feu ou de la chute d'eau). De plus, leur niveau élevé nécessite un réajustement de leur volume sur votre récepteur (enlever au moins 2 ou 3 decibels par rapport à votre réglage habituel). Les dialogues sont toujours intelligibles et aucun parasite n'est à déplorer. Les basses fréquences sont bien présentes et leur bonne gestion offre à cette bande-son une assise remarquable.

La présence de la bande mono d'origine est totalement justifiée. Les ingénieurs du son de Ruscico ont joué aux apprentis sorciers lors de l'élaboration de la piste multicanaux et cette piste mono est là pour nous rappeler quelles étaient les véritables intentions de Tarkovski au niveau sonore (la subtilité du metteur en scène a été oubliée au profit d'une efficacité trop en avant, écoutez les differences entre le mixage agressif et pataud de la neuvième de Beethoven à la fin et la subtilité du même passage en mono). Celle-ci propose pourtant une présence un peu faible et s'avère surtout assez fade après avoir écouté la piste en multicanaux.

L'idéal se situe entre les deux, la présence et la dynamique de la piste multicanaux combinée à la subtilité et la vérité de la piste mono (certains passages musicaux de la piste en 5.1 ont même été ajoutés arbitrairement).

Une légère déception se profile donc, car malgré de bonnes qualités techniques, la bande-son multicanaux s'avère trop différente de la piste mono qui est limite au niveau technique. Cependant, nous ne pouvons que remercier Image Entertainment d'avoir choisi d'inclure ces deux options dans leur édition (alors que la première sortie en Russie ne contenait que plusieurs piste en 5.1 de langues différentes) et ce n'est que sous la pression des nombreux admirateurs du cinéaste que la piste en mono a été incluse dans cette nouvelle édition.




Suppléments/menus
Une section répartie sur deux disques et qui propose une approche différente des suppléments.

Avec le premier disque sont disponibles : une galerie de dix photos d'excellente qualité montrant Tarkovski et son équipe au travail (neuf noir et blanc et une en couleurs) ; une section appelée Andrei Tarkovski et composée d'une biographie de Tarkovski de 3 pages, d'un extrait de qualité correcte de son film de fin d'études The Steamroller and the Violin (4 mins 58 s) et un excellent documentaire Memory (5 mins 44 s) sur la maison de Tarkovski filmé par lui-même et accompagné d'une envoûtante musique d'Artemiev. Memory nous permet de mieux comprendre le personnage et son esthétique (si particulière) à travers sa propre vision de son environnement direct.

Sur le deuxième disque sont répartis les autres suppléments. Une interview poignante du directeur de la photographie (très fatigué et triste) qui revient avec beaucoup d'émotion sur ses souvenirs du tournage (5 mins 44 s). Une interview du chef décorateur, qui est avec Artemiev l'un des rares artisans du film à être toujours en vie, qui nous détaille les incroyables difficultés rencontrées pendant le tournage et l'influence qu'il a pu avoir sur l'évolution du personnage du Stalker (14 mins 22 s). Une section filmographie très complète des artisans et acteurs du film comprenant une longue et passionnante interview d'Artemiev qui revient avec enthousiasme sur ses années de collaboration avec Tarkovski, et nous rensigne beaucoup sur le caractère si particulier du grand cinéaste (21 mins 7 s).

Est également présente dans la section biographie d'Artemiev une bande annonce de Solaris (3 mins 20 s). A noter que celle-ci est d'une qualité technique moyenne et présente le film de curieuse manière, mais surtout que son language est fonction de celui que vous aurez sélectionné pour rentrer dans les menus (Russe, Anglais, Français).

L'éditeur Ruscico fait visiblement de gros efforts pour produire des suppléments de qualité sur des oeuvres pour lesquelles il est a priori quasi-impossible d'en trouver. De plus, les mêmes efforts ont été faits concernant les sous-titrages des suppléments (Russe, Anglais et Français) et sont à souligner et à féliciter (tellement ils sont rares chez les autres éditeurs).

Il est juste dommage de ne pas trouver le commentaire audio d'un spécialiste du cinéma de Tarkovski, tant ce film (et ses autres) appelle et même nécessite une analyse pour révéler l'intégralité de son sens.

A souligner également des menus de toute beauté et parfaitement dans l'esprit du film. Tout le reste de l'iconographie de cette édition DVD est au diapason et donne un aspect distingué à cette édition malheureusement livrée dans un boitier classique (avec un intercalaire du plus mauvais effet pour le deuxième DVD).




Conclusion
Une édition DVD impressionnante pour un film hors du commun. L'image et le son ne sont certes pas parfaits, mais ils sont de qualité et de loin les meilleurs qui existent pour cette oeuvre. De plus, les suppléments sont excellents et ces qualités font que cette édition onhéreuse vaut largement son prix et notre recommandation. Au dela de cet aspect technique, le film d'Andrei Tarkovski est une des oeuvres les plus abouties, plastiquement et intellectuellement, qu'il nous ait été donné de voir. Seul le rythme et la complexité du cinéma de Tarkovski pourront décourager certains spectateurs. Il serait dommage de passer à côté d'une oeuvre d'art aussi définitive que celle-ci pour ne pas avoir su se mettre dans les conditions psychologiques adéquates à son visionnement (les mêmes que pour 2001 L'Odyssée de l'Espace par exemple).


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-11-23

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Stalker

Année de sortie:
1979

Pays:

Genre:

Durée:
163 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Image Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Russe Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Portugais
Espagnol
Russe
Chinois
Japonais
Allemand

Suppéments:
Trois interviews, un extrait de "The SteamRoller and the Violin", un documentaire sur la maison de Tarkovski: "Memory", un album de photos , la filmographie détaillée des acteurs et techniciens du film, une bande annonce de Solaris

Date de parution:
2002-10-15

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