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DVDEF

Howl's Moving Castle

Critique
Synopsis/présentation
Hayao Miyazaki est sans conteste un des maîtres modernes de l'animation. Il est adulé par ses pairs et ses oeuvres fascinent un public toujours plus admiratif. Contrairement à ses homologues occidentaux Miyazaki-san a su garder à l'esprit que l'animation n'est pas une fin en soi mais un média capable de cristalliser ses idées. L'animation utilisée pour ces films reste une animation 2D qui même si elle est d'excellente facture est toujours basée sur des techniques très simples, presque archaïques. On est loin des batailles techniques que Pixar et Dreamworks se livraient il y a quelques années, les films qui sortent des studios Ghibli ne sont pas les fers de lance de tel ou tel nouvel algorithme capable de reproduire naturellement de l'eau, des expressions faciales ou des poils de nez, ce sont de réels films créés pour raconter une histoire, faire passer un message. Miyazaki démontra son extraordinaire talent dès "Nausicaa of the Valley of the Wind" (pas son homologue "Warriors of the Wind" qui est une horrible version dont on a tronqué plus de 30 minutes), ce film légendaire sera le premier à porter la marque de l'auteur/réalisateur, la première oeuvre totalement de lui. Lorsqu'on parle d'un film de Miyazaki on ne parle pas d'un "produit" de consommation calculé par des psychologues et fabriqué suivant une recette mille fois utilisée dans une usine Hollywoodienne mais bien de la vision d'un seul homme.

Il s'implique, ou plutôt tyrannise gentiment, tous les niveaux de la production que ce soit l'image ou le son et ne laisse que peu de liberté créative au gens qui travaillent sur ces oeuvres. On a essayé de nous vendre l'idée qu'une oeuvre peut-être un travail d'équipe corporative, si on juge sur les résultats que cela donne on préférera de loin la méthode Miyazaki... Le maître, comme beaucoup l'appelle, ne se contente pas de raconter des histoires passionnantes dans lesquelles petits et grands prendront un immense plaisir à se perdre mais il le fait avec des personnages profonds, complexes et attachants. Il est bien difficile de trouver un vrai méchant dans aucun de ses films et les héros ne sont bien souvent que des gens tout ce qu'il y a de plus normaux s'élevant par la force des choses en réaction à une situation extraordinaire de laquelle l'héroïne, sortira grandit ayant transcendé la gangue qui la maintenait prisonnière d'une vie insatisfaisante ou vaine. Howl's Moving Castle ne fait pas exception. Sophie est une jeune femme de 18 ans qui comme beaucoup d'autres jeunes adultes de son âge se sent gauche, mal assortie à sa vie et généralement incapable de laisser s'exprimer sa propre personnalité. Le destin de la timide petite vendeuse de chapeaux va cependant connaître un changement de direction radical lors de la rencontre fortuite avec Hauru, un magicien réputé pour dévorer le coeur des jeunes filles. Cette rencontre déclenchera une série d'événements qui aboutiront à la transformation de Sophie en petite vieille de 90 ans par la Sorcière des Landes et son embauche par Hauru comme femme de ménage à bord de son fabuleux château ambulant. Là, elle fera connaissance avec Calcifer, un démon de feu qui est responsable des extraordinaires propriétés du château, de Marko un jeune apprenti magicien et bien sur du maître des lieux le fragile mais puissantHauru dont le destin est lié à celui de son démon de feu.
Le film est très librement inspiré par une nouvelle de Diana Wynne Jones, auteur britannique qui ne tarit pas de compliments pour le film depuis que Miyasaki-san s'est spécialement déplacé du Japon pour lui offrir une projection privée en avant première. Cela à coupé l'herbe sous les pieds aux fans du livre qui se tenaient prêt à écharper le film pour son manque de fidélité à l'oeuvre originale. Comme très souvent dans les oeuvres de Miyasaki, et plus généralement asiatiques, on assistera au parcours initiatique de l'héroïne et à la rédemption d'un ou plusieurs des personnages principaux. Sophie va apprendre à se connaître elle même au travers de son alter ego du troisième âge, elle apprendra à s'affirmer, à aimer et se battre pour défendre son univers et son amour de Hauru. Sa gentillesse naturelle sans borne sera la clef de leur libération à elle comme à lui. Comme toujours les personnages bénéficient de multiples niveaux d'interprétation par le spectateur, le moindre des personnages secondaires a plus de profondeur que les personnages principaux de quatre-vingt pour cent des productions hollywoodiennes, et on ne trouvera aucune catégorisation rigide des protagonistes. Miyasaki sait reconnaître l'intelligence dont les jeunes spectateurs savent faire preuve lorsqu'on en laisse l'occasion et ses films exercent toujours une forte fascination chez les tout petits. L'animation possède le coté pastel et l'habituel léger flou caractéristique des productions du studio Ghibli. La marque de Miyazaki-san peut être perçue partout dans les millions de petits détails présents dans l'image, tout est organique, fluide, les contours ne sont jamais nettement définis et on se laisse rapidement entraîner par la richesse de l'environnement qui s'offre à nos yeux et nos oreilles.

Malgré un énorme succès au Japon, Howl's Moving Castle est juste derrière Star Wars : episode III au palmarès japonais, les nombreuses nominations, aux Oscars et aux Saturns notamment et de nombreux prix gagnés (LAFCA Award, Reader's Choice Award, Golden Osella au festival de Venice etc.) on ne pourra que regretter la distribution quasi confidentielle dont le film a été victime en occident. Cette oeuvre méritait mieux qu'une projection dans quelques salles délabrées clairsemées en région. Heureusement, le public que nous sommes commence peu à peu à accepter le support animé comme une véritable forme artistique qui n'est pas seulement réservée au plus jeunes enfants et on peut espérer que les distributeurs finiront par traiter ces magnifiques oeuvres animés nippones avec le respect qui leur est du.


Image
Howl's Moving Castle est présenté au format original de 1.85:1 dans un transfert 16:9. L'interpositif est d'excellente qualité, sans poussière ni défaut détectable. Mais avant de discuter de l'image il faut faire immédiatement une remarque désagréable, les techniciens en charge de l'encodage ont sauté une coche avec la surdéfinition de contours, il y en a partout et à un niveau que même "Star Wars : The Phantom Menace", la référence suprême jusqu'à maintenant en matière "d'amélioration" des contours, n'a jamais ne serait-ce que rêver d'atteindre.
L'image est parasitée de toute part par cette pratique satanique qui n'a la destruction de l'image pour seul effet. C'est à tel point qu'on a la perception que tous les personnages portent une fine moustache... Chez Disney la machine à faire de la surdéfinition de contours doit être réglée sur 11, au moins (pour les infortunés qui n'auraient pas attrapé la référence au passage revoyez Spinal Tap, ça fait jamais de mal). Le niveau de détails est totalement impossible à juger dans ces conditions. Avant de blâmer seulement Disney, on se rappellera que l'accord qui les lient au studio Ghibli stipule que toute sortie de matériel est sujette à leur approbation, ce qui veut dire que ces derniers ont vu et accepté l'image telle qu'elle nous est présentée sur le produit distribué par Buena Vista. D'ailleurs la version nord-américaine n'est pas la seule atteinte du mal, la version coréenne, souvent une référence, est elle aussi dotée d'une image pleine de surdéfinition de contours, cependant le niveau y reste tout de même beaucoup plus supportable.
C'est bien dommage car le transfert semble excellent autrement, l'ambiance très douce et les couleurs pastels très fades si caractéristiques de Ghibli sont parfaitement rendues. On ne constatera aucun débordement, la qualité reste constante tout au long de l'oeuvre. De même les niveaux des blancs et des noirs sont parfaitement ajustés. Les dégradés sont excellents sans ruptures et les noirs sont très purs.

Aucun autre défaut n'a été constaté à part l'horrible "amélioration" des contours qui gâche complètement l'image de la version nord-américaine.


Son
L'oeuvre nous est proposée au format Dolby Digital 5.1 en trois langues, le japonais original ainsi que les doublages français et anglais. Ces derniers sont d'excellente facture et ont le mérite d'utiliser des acteurs et actrices de talents plutôt que les superstars pas trop compétentes auxquelles les productions animées américaines nous ont habitué ces dernières années.

Les bandes sonores sont accompagnées de sous-titres pour sourds et malentendant (CC) et des sous-titres anglais, il n'y a étonnement pas de sous-titres français. On ne s'en plaindra pas vraiment quand on verra ceux en anglais, ils sont énormes et presque centrés (!) dans l'image... Autant dire qu'ils sont totalement inutilisables et que le film n'est visible que dans la, ou les, langues que vous connaissez, la version originale japonaise sera donc inutile pour la plus grande majorité. Les sous-titres pour sourds et malentendant seront beaucoup plus utilisables mais des sous-titres utilisables auraient été appréciés... On aurait aussi aimer avoir les version originales et françaises en DTS (DTS-ES pour la japonaise) puisque celles-ci existent et sont de meilleures qualité que les versions Dolby Digital présentes sur cette édition.

Heureusement aussi bien le doublage anglais que le français sont excellents, notre préférence ira toutefois au doublage en français qui est plus fidèle aux voix originales. Le talent des acteurs américains n'est pas à mettre à doute mais ceux-ci ont une certaine tendance à se servir eux même avant de servir l'oeuvre et le fort "typage" américain est assez agaçant par moment, notamment pour Calcifer sur lequel Billy Crystal ne peut se retenir de laisser une empreinte loin d'être discrète. Les voix de Sophie (Emily Mortimer et Jean Simmons),la Sorcière des Landes (Lauren Bacall) et Hauru (Christian Bale) sont par contre très bonnes. On regrettera le manque complet de crédit pour les voix japonaises et françaises. Américains ou non les acteurs et actrices méritent d'être reconnus, c'est extrêmement arrogant de la part de l'équipe de production du DVD et certainement pas vraiment légal, pas très fort de la part du fer de lance de la lutte pour la protection des droits des oeuvres aux États-Unis...
Techniquement les doublages sont parfaits, on peut passer d'une langue à une autre sans entendre le moindre changement de dynamique ou de qualité sonore dans la musique ou l'ambiance, seules les voix changent comme il se doit, c'est un excellent travail qui a été fait dans les règles de l'art.
L'analyse sonore a été faite principalement sur la version japonaise (nous avons supporté les monstrueux sous-titres pour vous chers lecteurs) mais la qualité des différents doublages rend cette analyse valable pour les trois versions.

La bande son possède un excellent dynamisme et son champ sonore s'étend amplement pour notre plus grande satisfaction. Que ce soit pour la bande son originale ou les doublages, les éléments sonores s'intègrent parfaitement les uns aux autres sans qu'aucun ne soit étouffé ou trop mis en avant. L'excellente trame sonore de Joe Hisaichi solidarise le tout avec brio.
Les effets d'ambiances sont nombreux et bien localisés mais sans distraire de l'action principale. Les dialogues sont très clairs même si on constate un léger manque de dynamique certainement du à une compression dynamique trop importante (le mal audio des deux dernières décennies). On notera que le défaut se retrouve sur les versions françaises et anglaises.
La production étant récente, elle bénéficie des techniques modernes d'enregistrement et possède par conséquent des basses d'excellente qualité bien définies mais toujours ronronnantes, comme on les aime. Les différent déplacements du château et les passages des engins volants seront autant d'excuses pour mettre en fonction votre enceinte de basses fréquences, celles-ci sont assez présentes et de bonne qualité.

Malgré les quelques défauts cités ont peu se réjouir de la qualité globale des bandes son. L'absence d'un mixage DTS est cependant décevant.


Suppléments/menus
Le film et ses suppléments nous sont répartis sur deux disques, un DVD9 et un DVD5. Le boîtier est de type Amaray avec deux "verrous", une nouveauté chez Disney dont l'utilité nous échappe complètement si ce n'est comme cinquantième système de sécurité contre l'ouverture du DVD, il va bientôt falloir faire appel aux services de spécialistes en ouverture de boîtiers pour accéder aux disques des films que nous achetons. Le tout est emballé dans un fourreau en carton qui reprend les illustrations du boîtier plastique. Rien d'extraordinaire mais c'est sympathiquement attrayant.

Les suppléments sont répartis sur les deux disques. Sur le premier disque, on trouve en plus du film
-Behind the microphone (9:01) : Un documentaire de production sur les acteurs américains et le travail de doublage. Intéressant mais sans plus.
-Interview with Pete Docter (7:22) : Une interview par station japonaise du directeur du doublage américain. Les questions ne sont pas traduites (...) et le discours de M. Docter est bien classique. Pas très passionnant.
-Hello mr. Lasseter: Hayao Miyazaki Visits Pixar (16:22) : Encore un reportage japonais. Celui-ci a été tourné au cours de la visite des studios Pixar par Hayao Miyazaki à l'occasion de la première projection de la version anglaise du film. Mr. Lasseter nous sort tout un tas de généralités sans intérêt et ne semble pas savoir agir naturellement, le spectateur en ressentira un vague malaise pas très agréable.
-T.V. Spots and Trailers (12:06) : Un supplément ciblé sur les fans. C'est une collection de bandes annonces pour le petit et le grand écran. Intéressant même si il y a beaucoup de répétitions.

Le deuxième disque contient le film au complet sous forme de scénarimage (storyboard). C'est classique pour les films de Miyasaki et n'aura un appel que pour les plus passionnés.
On trouve aussi l'habituelle collection de bandes-annonces pour d'autres produits Disney, un fait remarquable cependant, les films du studio Ghibli sont tous rassemblés dans une seule et même bande annonce fourre-tout, alors que les films Disney bénéficie de leur propre bande annonce, un peu limite pour un DVD d'un film de Miyazaki...

Globalement c'est un ensemble très décevant qui nous est présenté ici, il n'y a aucun commentaire, pas de documentaire de la production du film ni au niveau conceptuel ni au niveau technique. Tout le matériel supplémentaire gravite autour des intervenants américains qui ne sont quand même que doubleurs ou distributeurs, mis à part Miyazaki aucune référence n'est faite au travail de l'équipe nippone. C'est très américain-centrique pour une oeuvre totalement japonaise...



Conclusion
Même si Howl's Moving Castle n'est pas le plus grand chef d'oeuvre de Hayao Miyazaki, on gardera ce titre pour Naussicäa ou Spirited Away, il est cependant un des plus abouti. On y retrouve les thèmes classique de Miyazaki et une ambiance nettement plus adulte que précédemment. C'est un film fascinant qui laissera plus d'un spectateur introspectif une fois le rideau tombé.
Classiquement l'édition DVD deux disques de Disney n'est pas à la hauteur de l'oeuvre, l'image est plus que moyenne, on regrettera l'absence des bandes sons DTS et les suppléments tentent de caresser le public américain dans le sens du poil en lui offrant des suppléments qui gravitent autour de ce qu'il connaît, le travail d'américains aux États-Unis.

L'achat est cependant recommandé car l'oeuvre mérite d'être vue sans tarder et que l'espoir de voir rapidement une meilleure édition en région 1 est extrêmement mince.


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Pascal Cauden

Date de publication: 2006-04-24

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 50HX70, Amplificateur Denon 3801, Enceintes Energy XL-26(x2), XL-C, XL-R (x4), Caisson d'extrêmes graves Klipsch KSW 12, HTPC (composantes 1080i. Lecteur: Media Portal/decodeur mpeg2 et audio : Dscaler 5

Le film

Titre original:
Hauru no ugoku shiro

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
119 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Buena Vista

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Japonaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Anglais

Suppéments:
Documentaires, entrevues, bandes annonces, galeries

Date de parution:
2006-03-07

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