Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Bête humaine, La

Critique
Synopsis/présentation
Jean Renoir est un cinéaste que l’on ne présente plus et qu’il est clairement difficile d’aborder à l’heure actuelle sous un angle nouveau ou sans paraître redondant.
Nous nous contenterons donc de vous donner nos sensations à la découverte de ce formidable La bête humaine.

Renoir avait la difficile tache d’adapter un écrivain comme Zola et il reconnaît fièrement dans l’introduction au film avoir écrit son scénario en 12 jours. La clef de son succés fut de faire cette histoire la sienne, la transposer à l’époque actuelle et n’en retenir que les éléménts qui l’y intéressaient sans le souci premier de la fidélité au texte mais avec celui de la fidélité à l’esprit.
Ainsi nous n’avons jamais ressenti le poids du roman comme c’est trop souvent le cas dans de nombreuses adaptation cinématographiques de grands classiques de la littérature. Bien au contraire la formidable soif de liberté du cinéaste est évidente à travers tout le film et particulièrement lors des nombreuses et magnifiques scènes filmées du train dans la locomotive qui est clairement un personnage à part entière du film. Ces images sont toujours aussi impressionnantes et efficaces à l’heure actuelle et grace au choix du tournage sur une vraie locomotive à 100 km/h le resteront à tout jamais, la ou un tournage en transparence aurait certainement daté le film et diminué l’impact visuel ainsi que la réelle présence de la locomotive.

Cette dimension naturaliste du film en fait presque un documentaire sur la vie des cheminots en 1938, Gabin et Carette ainsi que Renoir ayant suivi une formation poussée de conducteur de train. En cela Renoir rejoint ses préoccupations envers les travailleurs et tout le travail qu’il avait fait avec eux lors du front populaire quelques années plus tôt. Mais il ne faut pas pour autant évacuer la notion de plaisir et de passion des trois hommes liées au fait de jouer non pas au petit, mais au vrai train (privilège rare s’il en est pour un non cheminot) que Renoir vante tout au long des ses interventions sur le dvd. Si ce plaisir ne transparait pas directement dans le film il en imprégne la pellicule et l’amour que revendique Gabin pour sa machine est d’une sincérité rare, presque palpable.

Le personnage de Jacques Lantier (Jean Gabin) porte tout le poids de ses ancêtres comme il le dit dans un des passages les plus réussis du film. Cette fatalité qui le poursuit sous la forme d’une épilepsie teinté de folie meurtrière momentanée lui pése lourd sur les épaules, l’empêche de vivre. C’est d’ailleurs parce que Séverine (Simone Simon) à elle aussi un handicap important qui l’empêche de se développer comme elle souhaiterait (son mari et leur meutre partagé) qu’il va s’enticher d’elle. Le double jeu de Séverine est aussi évident que son amour pour Lantier et on ne saura jamais vraiment sur quel pied danser vis-à-vis du personnage.
La tragédie qui lie irrémédiablement les deux amants va les rapprocher autant que les éloigner puisque lorsque Lantier se trouvera incapable de faire ce que son amante attends d’elle.
Pendant un temps seulement une véritable passion sera présente entre eux, cette passion les libèrera de leur problèmes respectifs jusqu'à ce que, fatalité oblige, ils se trouvent rattrapés par leur destins respectifs.

Le suspense que mêne Renoir en instaurant dans un premier une tensions sous jacente mais quasi permanente quand à une crise d’epilepsie de Lantier est toujours d’une efficacité surprenante. Mais c’est lorsque la partie criminelle se met réellement en place que le suspense devient vraiment l’élément moteur du film.
Cependant comme dans le courant des films Noir qui apparaitront dans les années suivantes aux Etats-Unis, c’est bien ce mélange de fatalité et de criminalité qui parait être le centre du film. Renoir étant le cinéaste talentueux que l’on sait il gère donc ce suspense mais il est tout de même palpable que ses héros et de façon plus générale le sort des cheminots et des classes de petits travailleurs totalement absorbés par leur travail (qui n’est plus simplement un emploi mais bel et bien leur vie) sont ses réels sujets.

Techniquement le film est absolument remarquable sur le plan visuel. La photographie est remarquable de bout en bout alors que les conditions même de tournage ont été très difficile (surtout comparativement à un tournage en studio). La science du cadrage de Renoir est particuliérement évidente dans toutes les scènes de train, de même que son sens de l’espace et de la composition imprégne tout le film.

Un mot cependant sur ce qui est à nos yeux le seul vrai point faible du film: la musique. En effet, elle nous est souvent apparu non seulement assez pauvre sur le plan musical mais surtout souvent totalement déplacé et en désaccord avec les images.
Cette façon de procéder peut porter ses fruits mais force est de constater que malgré toute l’admiration que nous portons à Jean Renoir, cet object est loin d’être atteint et le décalage est de façon permanente disctractif. Le principe du contraste entre l’image et le son ne fonctionne malheureusement qu’au détriment de l’attention du spectateur qui se trouve régulièrement pereturbé par une bande son « inadéquate ». Bien évidemment tout cela est totalement subjectif mais dans le cas d’une œuvre aussi maitrisée que celle-ci, la musique « ratée » ressort d’autant plus.

Un grand classique qui mérite sa réputation et que nous conseillons pour servir d’introduction au reste de l’œuvre de Jean Renoir. En effet la relative facilité d’accés qu’offre le rattachement direct a une forme populaire de cinéma ou le récit (et le suspense qui s’en dégage) est au cœur de l’œuvre permet d’accrocher plus facilement à ce film qu’a d’autres du cinéaste ou cette absence d’architecture narrative évidente peut perturber et décevoir le spectateur non préparé.



Image
L’image est présentée au format respecté de 1.33 :1 d’après un transfert 4:3.

La définition générale est parfois fluctuante mais dans l’ensemble absolument incroyable pour un film de 1938. L’interpositif est relativement propre même si il reste des traits et points parfois assez importants selon les scènes. De même certainesc scènes s’avèrent soudainement granuleuses sans pour autant que cela ne vienne jamais gacher le plaisir du visionnage.
Le contraste est impeccablement géré et évite toutes brillances.
Les scènes sombres sont à ce titre superbement rendues grace à des noirs ettonnament purs et profonds pour un film de 1938. De même le rendu de l’échelle des gris est en tout points remarquable de nuances.
La partie numérique est fort heureusement exempte de tous reproches.
Seul le manque évidents de certaines images au cours de certaines scènes leurs donne un côté hachuré (comme si le film était sur avance rapide) qui peut s’avèrer assez déconcertant mais ce phénoméne est suffisamment isolé et rare pour qu’il ne mérite pas plus que d’ être mentionné ici même.

Une copie donc absolument superbe et étonnante d’autant plus si on se réfère à la date de tournage. Certes quelques imperfections sont présentes mais elles sont totalement excusables et compensées à 100% par la beauté et la perfection de nombreuses scènes qui offrent un rendu magnifique pour un film aussi ancien.





Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Français (Dolby 1.0 mono).

Sa dynamique est forcément réduite de par les techniques d’enregistrement de l’ époque et son age même mais reste plus qu’honorable une fois tout cela pris en compte. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité.
La musique est moyennement rendue mais compte rendue de sa tonitruance et des limitations techniques l’ensemble reste honorable. Par ailleurs à part certains passages, la musique est correctement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont intelligibles en permanence mais les traces de parasites et distortions s’avèrent assez élevés dés que l’on monte un tant soi peu le volume, mais rien de non prévisible ou excessif.
Il est dans ce contexte inutile de s’étendre sur les basses fréquences qui sont absentes.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais uniquement.

La bande-son est moins éclatante que l’image mais cela est tout à fait compréhensible et nous sommes certains que Criterion à tout fait pour offrir le meilleur résultat possible à partir du matériau d’origine (n’oublions pas que le cinéma muet date date du début des années 30 seulement 7 ans avant le tournage de ce film).







Suppléments/menus
Comme d’habitude chez Criterion un ensemble différent, pas très imposant en taille mais de grande qualité et passionnant de bout en bout.

L’introduction au film enregistrée par Jean Renoir (6 mins 18 s) dans les années 60 est à l’image du cinéaste, formidable de générosité et de naturel, a tel point que nous la déconseillerons a tout ceux qui souhaitent ne rien savoir du film avant son visionnage. Dans l’autre sens, elle permet également de bien ressentir dans quel esprit à été tourné le film et nous devons bien avouer que cela nous à permis d’aborder le film sous meilleur angle.
L’interview de Peter Bogdanovitch (11 mins) est elle clairement à visionner après le film et fidèle au style du critique/cinéaste de remarquer des points qui n’étaient pas apparent lors d’un premier visionnage. Bogdanovitch replace le film dans le contexte du cinéma français de l’époque et dans la carrière de Renoir également et offre plusieurs analyses fines et passionnantes. Le seul regret est que ce segment soit trop court et que Bogdanovitch n’ait pas pu enregistrer un commentaire ou mieux une analyse agrémentée d’images.
Sont ensuite offerts deux segments issue d’émissions télévisées des années 60. Le premier est issue d’une émission cuturelle appelée « Adapter Zola » (24 mins) et rassemble trois spécialistes (un littéraire, un scénariste et un critique) pour discuter de diverses questions passionnantes, telle bien évidemment l’adaptation de Zola mais aussi de Human Desire le remake de Fritz Lang du film de Renoir comme l’adaptation au cinéma tout court. Un segment qui permet de se rendre compte dans quels abysses est tombée la télévision actuelle qui à bien déviée de ses missions éducatives et culturelles.
Le second est un formidable moment qui sur le plateau d’une émission de Tv réunit Jean Renoir et Simone Simon pour une recréation de leur conditions et méthodes de travail sur le tournage de La bête humaine. Renoir et Simon s’y montrent d’un naturel confondant et se prêtent avec une grand aisance à ce jeu pourtant difficile mais si révélateur de leurs talents respectifs.
Pour finir sont disponibles une galerie de photos et de posters ainsi qu’une bande-annonce de qualité correcte.

Voici donc un ensemble formidable dont le seul défaut nous parait d’être trop court!






Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéos aussi excellentes que possible compte tenu de l’age du film. Les suppléments sont largement à la hauteur de l’œuvre et font que nous recommandons donc grandement l’achat de cette édition.
La bête humaine est clairement une œuvre à part dans l’œuvre de l’immense Jean Renoir. Il est avant tout un film profondément humain comme seul Renoir sut en tourner mais chose nouvelle une sorte d’ancêtre du film noir au suspense bien maitrisé, de même qu’ un formidable film naturaliste sur les cheminots français. Un grand classique qui n’est certes pas l’œuvre la plus aboutie du cinéaste mais un film magnifique encore une fois très moderne formidablement interprêté de bout en bout.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
4,2/5

Rapport qualité/prix:
4,4/5

Note finale:
4,1/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2006-05-01

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Bête humaine, La

Année de sortie:
1938

Pays:

Genre:

Durée:
96 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Criterion

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Introduction de Jean Renoir, entrevue, extraits d'émissions TV, galeries de photos, bande-annonce et livret

Date de parution:
2006-02-21

Si vous avez aimé...