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DVDEF

Focus

Critique
Synopsis/présentation
Focus est une preuve qu'au-delà du divertissement, le cinéma américain est toujours capable de produire des œuvres porteuses de discours politique ou social. Focus n'a pas la prétention de divertir. Au contraire, son seul dessein est de nous rappeler une époque peu glorieuse où la société américaine était rongée de l'intérieur par le racisme, ou plus précisément par l'antisémitisme. Car la mémoire collective semble oublier que le calvaire du peuple juif ne s'est pas limité au massacre de millions d'entre eux en Allemagne. Ici même, en Amérique du nord, plusieurs juifs ont vécus le mépris. Focus tente de rétablir les faits en nous exposant d'une façon on ne peut plus explicite sur le comportement xénophobe de certains américains. Laurence Newman (William H. Macy) est un américain modèle et sans histoire. Il mène une petite vie tranquille dans sa coquette maison de banlieue, il entretient de bons rapports avec le voisinage, et jouit d'un emploi respectable et tout à fait convenable. Cependant, son petit bien-être chèrement gagné sera totalement bousculé le jour où M. Newman se procurera… une paire de lunettes ! Certains concitoyens suspicieux ont trouvé que ses lunettes lui conféraient l'apparence d'un juif ! Or, en cette période de guerre, la chasse aux juifs était synonyme d'une véritable chasse aux sorcières. Un seul doute, et on pouvait vous étiqueter de juif.
Mais pourquoi une chasse aux juifs ? Cet interrogation n'est que très sommairement abordé par le film. À cette question, posé par un juif à M. Newman : "pourquoi me détestez-vous ?", l'homme n'a su répondre que "c'est à cause de ce que votre peuple fait". En répondant de cette façon, le personnage central du film ne fait que résumer en quelques mots le fondement même du racisme. Le racisme n'est pas la haine d'une personne, mais la haine de tout un peuple peu importe la personne. Le juif lui a d'ailleurs répondu : "donc, quand vous me regardez, ce n'est pas MOI que vous voyez ?". Qui plus est, le racisme, à cette époque du moins, n'était pas nécessairement l'idéologie d'un seul homme, mais plutôt celle de toute une communauté. Le personnage, pour se fondre à son voisinage, se doit d'adhérer à l'idéologie dominante sinon il sera inévitablement perçu comme un "outsider", un intrus. Ainsi donc, malgré que le sort réservé aux juifs (insultes, injures, attaques) lui soit, même par erreur, réservé, le personnage central refuse longtemps de s'ouvrir les yeux. Sa vision des choses, c'est justement après s'être approprié ses damnées lunettes qu'il la changera. Ses lunettes ne sont donc pas uniquement la source de son malheur, elles sont également l'outil avec lequel il se met à remarquer, pour la première fois, les véritables agissements de son entourage.
Aussi ridicule puisse paraître la prémisse du film (l'identification d'un juif par le simple port d'un paire de lunettes), elle illustre plutôt bien l'ultra-conservatisme d'un société américaine xénophobe et égocentrique. Une société explicitement attachée à l'appellation "W.A.S.P" (White Anglo-Saxon Protestant), une société longtemps comparée à un "Melting Pot". Dès qu'un citoyen ne correspondait pas à l'un ou l'autre dogmes, on tentait d'abord de le convertir à "l'American Way of Life", ou sinon on s'en débarrassait. Pourtant, l'Amérique n'était-elle pas terre d'espoir et de liberté ? Certes, mais il y avait un prix à payer. Le film nous montre donc les États-Unis de cette époque comme étant un véritable carrousel de cirque, image clairement représentée dans le film. Un carrousel charmant, de belle apparence et nous invitant à y prendre place. Mais une fois à l'intérieur, ce même carrousel ne cesse de tourner et fini par nous y prendre au piège, tel que le personnage de William H. Macy l'exprime explicitement.
Focus est un film qui intéresse de par la force de son message et de ses idées. L'auteur du récit n'est d'ailleurs nul autre que le célèbre Arthur Miller. Le texte n'a peut-être pas le même impact que son célèbre Death of a Salesman ou de The Crucible. Mais néanmoins, Miller est un auteur lucide et très critique, et cette lucidité transparaît dans l'adaptation qu'a fait le réalisateur Neal Slavin. L'accent est non seulement mis sur les dialogues et sur les émotions des personnages, mais le réalisateur réussis à créer un sorte de climat de tension qui ne cesse de s'accroître jusqu'à la fin. Bien que sa réalisation comporte quelques maladresses agaçantes (particulièrement certains ralentis qui n'ont pas leur place), sa mise en scène est judicieusement stylisée et efficace. Soulignons également la photographie du film, particulièrement inventive et réussie, ainsi que le jeu des interprètes, William H. Macy en tête, tous convaincants. Bref, Focus n'est pas un film qui s'adresse à tous, mais il s'agit d'un film intelligent qui, espérons-le, saura trouver son auditoire.


Image
Le film nous est ici présenté en format original de 1.85:1 et ce, d'après un transfert anamorphosé de bonne qualité.
La définition générale est bonne mais sans pour autant être excellente, un léger manque de piqué étant occasionnellement perceptible. Sinon, les détails et surfaces sont la plupart du temps bien rendus. La colorimétrie est par contre impeccable; les couleurs sont riches, naturelles et parfaitement saturées. Les tons de peau sont naturelles et ne souffrent d'aucune dominante indésirable. La brillance et le contraste sont tout deux parfaitement étalonnés, nous ne remarquons aucune fluctuation. Les parties sombres n'offrent pas toujours des dégragés optimaux, le niveau de détail paraîssant réduit. Les noirs sont quant à eux profonds et purs, seuls quelques plans laissent voir un très léger fourmillement.
L'interpositif utilisé pour le transfert n'est pas tout à fait intact, quelques points noirs sont visibles dans les scènes les plus lumineuses. On ne remarque pratiquement aucune sur-définition des contours.


Son
Seules deux bandes-son anglaises (Dolby Digital 5.1 / 2.0 Surround) sont offertes avec cette édition. Bien que ce film n'ait jamais été doublé , il est normal, quoique décevant, que cette édition n'offre aucune bande-son française. De plus, seuls des sous-titres anglais sont proposés. Pour un studio qui a l'habitude d'inclure des sous-titres français pour tous ses suppléments, Paramount devrait peut-être songer à inclure des sous-titres en français pour leur film également...
Quoi qu'il en soit, le mixage Dolby Digital 5.1 n'en est pas un qui brille par sa présence ou son énergie. Il s'agit en fait d'un mixage tout en douceur. Le dynamisme n'est que moyen mais il est adéquat pour ce type de film. La spatialité n'est pas optimale, mais elle est convaincante grâce à des éléments sonores bien intégrés. Le champ sonore se déploie surtout des enceintes avants mais quelques effets d'ambiophonies bien localisés contribuent à créer l'ambiance, ou même à donner un certain impact à quelques brefs moments de tension. La trame-sonore est intégrée avec une certaine efficacité à l'ensemble, et ce avec fidélité. Les dialogues, élément fondamental de ce mixage, sont toujours naturels et intelligibles. Les basses se font par ailleurs assez discrètes, elles appuient avec subtilité quelques scènes plus tendues. Le canal .1 (LFE) n'est pratiquement jamais mis à contribution.


Suppléments/menus
Seul un court documentaire de 12 minutes est offert avec cette édition. La structure de ce documentaire est étrange et nous est apparue comme étant légèrement confuse. Le segment débute tout d'abord par ce qui semble être la bande-annonce originale (qui est d'ailleurs absente, en sa totalité, de cette édition…), pour ensuite enchaîner avec une entrevue avec Arthur Miller racontant dcertaines anecdotes personnelles… Ce n'est qu'après quelques minutes de bavardage inutiles que ce documentaire s'attaque au contenu à proprement dit. Vous aurez alors droit à quelques entrevues sommaires mais intéressantes où les intervenants commentent à leur façon les événements du livre. Tout cela est intéressant, mais une véritable entrevue avec l'auteur Arthur Miller (ou même une piste de commentaires audio !) aurait été autrement plus enrichissante !



Conclusion
Après être passé en coup de vent sur les écrans de cinéma, il est peu probable que Focus parvienne à élargir son auditoire avec cette édition DVD. De toute évidence, le film ne s'adresse pas à tous les publics, et en soit, cette édition DVD se contente d'offrir ce que le consommateur est en droit d'exiger : une bonne qualité d'image et de son. Quoi qu'il en soit, Focus est un film intelligent qui mérite une certaine attention.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
1,5/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2002-04-02

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Focus

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
106 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais (CC)

Suppéments:
Documentaire

Date de parution:
2002-03-19

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