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DVDEF

Innocence

Critique
Synopsis/présentation
Lucille Adzihalilovic à déjà à son palmarés le très remarqué et original moyen métrage La bouche de Jean Pierre (1996) signe après Good boys use condom (1998) son premier long métrage avec Innocence.

Etant la monteuse de l’incroyable film Seul contre tous (1998) et la compagne du choquant et talentueux réalisateur franco/argentin Gaspar Noe, la jeune femme arrivait déjà pourvue d’un solide métier et ses qualités n’étaient plus à démontrer.
Innocence nous propose de suivre la vie étrange et fermée d’un pensionnat de jeunes filles. Mais ce pensionnat est perdue au beau milieu d’une forêt digne de celles des contes d’andersen et les jeunes filles y sont éduquées à l’écart de la société par deux institutrices et selon des méthodes et un but qui nous ne sont jamais expliquées.
Et pourtant elle à choisi avec Innocence le chemin le plus difficile qui soit avec un premier long métrage au sujet vague et potentiellement tendancieux qui recquiert justement une maitrise et vision que peu de jeunes cinéastes ont.
Hors justement elle évite tous les éceuils liés à ce projet et nous offre une œuvre techniquement parfaite, artistiquement aboutie et qui offre au spectateur une expérience purement cinématographique (sensorielle et non explicative) comme il a malheureusement trop peu l’occasion d’en voir ces dernières années.

Il s’agit d’un film peu facile d’accés, ne serait-ce déjà que par son sujet apparent, une école de jeune fille perdue dans la forêt, et son théme leur confrontation a cet univers décalé et par la même leur perte/exploration de leur propre innocence.
Si Innocence diffère, c’est dans son refus d’une narration classique, dans son refus de conter une histoire au sens traditionnel du terme et dans sa capacité à s’exprimer de façon différente, à convoyer des sensations et à interpeller le spectateur a des niveaux et par des moyens différents.
Une telle radicalité dans l’approche d’un sujet déjà difficile en soi démontre un courage trop rare dans le cinéma actuel ainsi qu’une personnalité artistique en devenir absolument passionnante.
Certes le film se nourrit de références ouvertes et les utilise au sein même de son dispositif mais c’est pour mieux les digérer et batir dessus. Ainsi malgré cette touche de postmodernisme dans l’air du temps et contrairement aux nombreuses œuvres référentielles qui pullulent actuellement, Lucille Adzihalilovic nourrit son film de références subtiles pour mieux servir son but.
La première influence évidente de la jeune femme est David Lynch, à la fois dans la conception de ses bandes-son extrémement complexes et structurées mais aussi dans sa capacité a fabriquer des images intriguantes, dérangeantes et fascinantes sans pour autant que l’on puisse mettre une explication précise sur ses sensations, mais surtout principalement par le fait qu’il s’adresse plus souvent à l’inconscient qu’au conscient de son public.
Ainsi, la bande-son de Innocence est très travaillée, se développe sur de nombreuses couches et ambiances sonores superposées pour arriver à un résultat d’une rare cohérence, ne cherchant jamais l’épate ou la sensation a tout prix mais bien au contraire à appuyer ou « éclairer » les images.

Elle-même revendique également avoir puisé son inspiration dans les films de Dario Argento et leur logique et structure de rêves ethérés ou les repêres sont autres que dans la vie normale et s’adresse aussi directement que dans le cas de David Lynch. Tout cela du moins dans le cas de certaines œuvres du cinéaste, et notamment ses films les plus ouvertement fantastiques comme Inferno, Phenomena et principalement Suspiria. Avec ce dernier, Innocence partage de nombreux points communs tel l’école de danse de jeunes filles, les enseignantes femmes et vieilles filles, la perte de l’innocence de l’héroine, le regard de cinéaste a hauteur d’adolescent ainsi donc principalement qu’une logique interne totalement onirique qui rend le film si différent. Lucile Adzihalilovic réussit à la fois a rendre hommage a Argento tout en se détachant également de son influence par une utilisation différentes des préceptes du cinéaste italien et donc en créant son propre style à partir d’une base référentielle toujours prégnante et au service de l’œuvre.
De même, nous avons immédiatement pensés au formidable Picnic at Hanging Rock de Peter Weir, autre film éminement mystérieux et éthéré a propos d’une école de jeune fille dont le propos lorgne vers un fantastique intriguant mais plus suggéré que directement montré. Et comme avec ses autre influences, Hadzihalilovic a su en tirer les meilleurs idées sans copier ni plagier mais a nouveau batir dessus.

Son travail sur le cadre est d’une rigueur, d’une beauté et d’une importance qui sont à la fois surprenantes (car le cadrage est un art qui à tendance à se perdre) et primordiales pour l’œuvre. Comme nous le disions la cinéaste utilise tous les moyens cinématographiques pour capturer et faire réfléchir et ressentir son spectateur et le cadrage est comme elle le montre une arme redoutable dans ce domaine.
De même la splendide photographie de Benoit Debie (Chef Opérateur de Gaspar Noe sur Irreversible ainsi que sur le dernier de Dario Argento !), travaillée au maximum en lumières naturelles offre une ambiance souvent vaporeuse (même si teintée de mystère et de notes plus sombres) qui illustre à merveille le titre du film. Elle sublime littéralement la nature et pose un regard plein de douceur sur les jeunes filles tout en participant activement au symbolisme tres signifiant de l’œuvre.
Le fait d’avoir choisi des jeunes filles non professionnelles pour incarner les jeunes filles de l’école, et de les avoir parfaitement exploitées, à permis à la cinéaste de parvenir a un naturel qui contraste paradoxalement avec l’aspect très artificiel et irréaliste, a la lisière du fantastique du reste du dispositif cinématographique et du scénario.

Nous ne souhaitons pas analyser plus avant le sens ou les significations possibles du film tant, comme la réalisatrice l’explique si bien dans l’interevue présente sur cette édition, ces interprétations doivent rester personnelles à chaque spectateur.
L’aspect symbolique et poétique de nombreux éléments du film (les fillettes perpetuellement en blanc, les rites et habitudes quotidiennes) préte cependant a être étudié de plus prés et font que le film est d’une richesse qui permettra aisément plusieurs visionnages, contrairement à de nombreux films d’ambiance (a opposer au films de scénarios et a suspense).

Voici donc un premier film impressionnant de maitrise et qui marque l’apparition d’une nouvelle cinéaste à suivre à laquelle nous souhaitons que l’avenir lui laissera la possibilité de s’exprimer selon ses envies.






Image
L’image est proposée au format respecté de 2.35 :1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale est de bon niveau mais fluctuante de remarquable à tout juste passable selon les scènes, mais cela surtout du au techniques de lumière naturelles utlisées pour la photographie plus qu’au seul défauts de transfert.
L’interpositif est logiquement très propre mais beaucoup de grain présent sur certaines scènes est encore une fois du aux choix artistiques liés à la photographie plus qu’a des défauts de cette édition.
Les couleurs de la sublime photographie de Benoit Debie sont impeccablement rendues mais leur texture si particulière due notamment à l’usage de lumière naturelle seulement pourra désarçonner les jeunes spectateurs habitués a des images lisses et léchées. Elles sont naturelles, constantes mais peuvent parfois apparaitrent sursaturées à cause des techniques utilisées.
Le contraste est lui parfaitement géré et évite toutes les brillances.
Les scènes sombres sont bien rendues grace à des bien profonds mais manquant parfois de pureté.
La partie numérique est quand à elle malheureusement très décevante. En effet le transfert offert par Seville ne semble être qu’un trasfert PAL non converti qui occasionne de nombreux effets de rémanence et d’escalier. Qui plus est la compression est loin d’être soignée et occassionne de réguliers défauts ainsi que des fourmillements parfois gênants surtout lorsque l’image est de grande taille.


Un transfert qui aurait pu être de très bonne qualité mais qui est malheureusement gaché des problèmes numériques. Nous ne pouvons que regretter cet état de fait alors qu’avec les outils actuels il est si aisé d’arriver à de bons résultats sans investir des fortunes



Son
Les deux bandes-son proposées sur cette édition sont respectivement en Français (Dolby Digital 5.1) et Français (Dolby 2.0 surround).

Les deux bandes-son proposées offrent une dynamique remarquable. Leurs présences et leurs spatialités sont d’excellente qualité.La musique est parfaitement rendue sans aucune limitations dans le haut ou le bas du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrière sont remarquablement utilisés, diffusant intelligement des effets subtils mais très efficaces et enveloppants qui sont une part entière du dispositif cinématographique de la cinéaste.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucune trace de parasites ou distortion n’est à déplorer même à volume sonore très élevé.
Les basses fréquences sont utilisées à la parfection par les ingénieurs du son et offre un rendu enveloppant et d’une profondeur agréable qui apporte beaucoup au film.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais seulement.

Une bande-son très travaillée qui utilise de façon remarquable tous les possibilités du multicanal (mais elle reste excellente même en Dolby 2.0 surround) et offre une ambiance sonore complexe et pregnante digne d’un film de David Lynch, ce qui est le meilleur compliment que nous puissions lui faire.



Suppléments/menus
Une section décevante par sa taille, mais qui semble la volonté de la réalisatrice au sens ou elle ne souhaite pas suranalyser son œuvre et laisse le spectateur s’y perdre sans vraiment le guider.

Ainsi l’interevue de 6 minutes présente sur cette édition nous montre une réalisatrice presque ennuyée de devoir s’expliquer sur une œuvre qu’elle a volontairement conçue comme mystérieuse, intriguante et symbolique. Pourtant, malgré son malaise évident et ses hésitations, elle offre des éléments primordiaux pour l’appréhension du film, le tout avec une fraicheur et une candeur qui rappelle vraiment celle des petites filles du film et qui renforcent encore l’aveu de film autobiographique (au moins au niveau des sensations) de la part de la jeune femme.
L’autre supplément est vraiment original et totalement prégnant dans le cas de cette œuvre. Il s’agit en effet d’une galerie de photos de tournage commentée par la toute jeune Zoe Auclair qui conquis encore grace à sa candeur et justement son innocence.
La bande-annonce est réussie puisqu’elle intrigue et dévoile le film sans pour aut ant ne jamais en dévoiler la teneur, ni n’en atténuer l’impact.

Voici des des segments non explicatifs qui permettent toutefois de mieux appréhender l’œuvre de guider le spectateur réceptif, sans le diriger, dans le labyrinthe de sensations et de questions délivrées par le film et permet d’éviter qu’il ne s’y perde et débouche sur des interprétations tendancieuses totalement injustifiées comme cela à malheureusement été souvent le cas à la sortie du film.





Conclusion
Une édition aux qualités vidéos malheureusement décevantes a cause d’un encodage raté et d’une partie numérique largement en deça des normes actuelles. Heureusement l’ensemble reste regardable et la bande-son est elle d’excellente qualité, de même que les suppléments peu nombreux mais totalement dans l’esprit et au bénéfice de l’œuvre.
Donc même si nous ne sommes déçus du traitement réservé a cette œuvre visuellement superbe et originale, celle-ci mérite le détour.

Innocence est une œuvre fascinante, originale et d’une maitrise impressionnante pour un premier film. Lucille Hadizhalilovic est clairement une jeune cinéaste à suivre de très prés tant Innocence est une œuvre qui sort de l’ordinaire, qui utilise pleinement le language cinématographique, la métaphore et le symbolisme au service de sensations très personnelles à la réalisatrice qui souhaite justement les communiquer à ses spectateurs.



Qualité vidéo:
2,9/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
2,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2006-02-27

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Innocence

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
115 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Présentation du film par la réalisatrice, photos de tournage commentées

Date de parution:
2006-01-17

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