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DVDEF

Pickpocket

Critique
Synopsis/présentation
Le cinéma de Robert Bresson est vraiment à part dans l’histoire du cinéma puisqu’il prend quasiment à contre pied toutes les rêgles du cinéma commercial traditionnel (hollywoodien ou autre) et ce dans tous les compartiments des films.

En cela nous vous conseillons vivement de visionner l’excellente introduction du scénariste/réalisateur, Paul Schrader (Taxi Driver, Raging Bull, The last temptation of Christ / Hardcore, Mishima, Affliction), qui prépare de façon idéale a ce qu’est Pickpocket et le cinéma de Bresson en général.
En effet, Bresson se soucie peu de raconter une histoire et c’est bien plus la façon de la raconter et surtout le fond philosophique et métaphysique, le sens profond de ce qu’il montre, qui l’intéresse. Pour ce faire il utilise toutes les possibilités offertes par ce qu’il appelle « le cinématographe » pour convoyer visuellement et auditivement des questions existentielles sans avoir recours a aucun des artifices manipulateurs habituellement employés au cinéma.
Il cherche une pureté, un idéal de l’image et du son pour que les émotions soient crées d’elles même par le spectateur devant ce qu’il regarde plutôt que convoyées par une savante machination artistique.
Cette volonté de la plus grande neutralité et impartialité l’améne a faire des choix qui peuvent sembler curieux, comme le fait de prendre des acteurs non professionnels qui ne « jouent » pas leur role mais les incarnent (diction et attitude), mais qui finalement trouvent une cohérence au final dans le grand œuvre de l’artiste.
Il nous faut bien avouer que c’est cette caractéristique du non jeu des acteurs qui nous avons trouvé de loin la plus destabilisante du systéme Bresson, et que malgré les diverses explications logiques et cohérentes que nous avons pu trouver, nous ne sommes toujours pas convaincu du bien fondé de ce parti pris. Cela est un avis très personnel d’amateurs de jeu d’acteur et en rien une affirmation péremptoire.

Mais la spécificité du travail de Bresson ne s’arrête pas la et ainsi son travail sur le son est absolument remarquable. Il ose des expérimentations prégnantes d’une modernité sidérante, se permettant de supprimer des sons réalistes dans des scènes en extérieur en isolant les sons précis qui l’intéressent créant a nouveau le malaise et le décalage souhaité par le cinéaste. De même son utilisation décalée de la musique (jamais pour souligner des émotions comme cela est fait habituellement) lui permet d’atteindre cette fameuse distance objective et neutralité de point de vue qu’il souhaite obtenir. Il arrive donc a une équation entre image et son rarement atteinte qui fait que ses œuvres,malgré sa volonté « ’anti-divertissement », reste absolument fascinantes et passionnantes en s’adressant à d’autres parties de nos sens et notre intelligence peu souvent sollicitées.

Enfin son travail sur le le cadrage, le montage sont d’une virtuosité impressionnante et tente a nouveau d’offrir un regard autre. Il tente d’atteindre a un certain naturalisme neutre qui permet au fond de ce qu’il montre et raconte de ne pas être noyé sous la forme. Bien évidemment, le fait de prétendre a une absence totale de manipulation est aussi une manipulation en soi mais Bresson et sa démarche artistique quasi intégriste dans ce domaine sont à la fois très rares et totalement prégnants.

Nous tenons à préciser que nous avons tenté ici de résumer succintement et modestement ce que nous avons ressenti de foncièrement différent dans l’œuvre de Bresson et qu’il ne s’agit en rien d’une « définition » des méthodes du cinéaste.

Pickpocket est donc vous l’aurez compris une œuvre différente dans sa conception et son exécution mais également dans sa narration comme dans les sentiments et le sens qu’il cherche à convoyer. Ce film qui pourrait être résumé comme un thriller ou un pickpocket joue à cache-cache avec la police et vit en parallèle un histoire d’amour, se transforme après le traitement par Bresson est en fait un résultat tout autre. Ainsi, après avoir évacué tout suspense et toute émotion de son dispositif cinématographique, Bresson atteint a un essentiel qui lui permet de montrer a tout spectateur réceptif le fond ce que vit son personnage en interrogeant directement l’ame du spectateur.

Le parcours de Michel peut être interprêté différemment selon la psychologie et la mentalité de chaque spectateur, d’ou l’interêt de la neutralité du cinéma de Bresson, et seul son travail sur l’image, le son et le montage seront la base commune a tous les ressentis face au film. L’interprétation du sens de ce qui est vu est donc livré a chaque spectateur qui doit faire un effort qui lui est rarement demandé, celui d’aller s’interroger au plus profond de lui même et en cela le cinéma de Bresson est directement métaphysique et contient en lui même beaucoup plus que la fameuse neutralité qui est sa caractéristique principale.

Vous ayant maintenant expliqué comment nous concevons le cinéma de Bresson, vous comprendrez donc pourquoi nous avons si peu parlé de l’œuvre elle même, préférant vous laisser le soin de la ressentir avec votre propre personnalité en espérant que cette petite présentation vous aura permis de l’appréhender de façon différente.




Image
L’image est présentée au format respecté de 1.33 :1, d’après un transfert 4:3.

La définition générale est de très bonne qualité et surtout constante. L’interpositif est extrémement propre et si certains traits ou points sont parfois visibles, ils semblent plus provenir du télécinéma que du transfert lui même. De même, le grain visible tout au long du film (limité et offrant un rendu argentique très agréable), semble lié au tournage.
Le contraste est impeccablement géré et évite toutes les brillances sur une œuvre qui aurait pu en générer beaucoup.
Les scénes sombres sont impeccablement rendues grace à des noirs purs et profonds. Le rendu de l’échelle des gris est très précise et offre un superbe écrin à la photographie de Léonce-Henri Bunuel.
La partie numérique est quand à elle comme de tradition chez Critérion absolument irréprochable.

Un superbe transfert qui tire le meilleur des éléments existants concernant Pickpocket. Ce film important voit ainsi son futur protégé et ce dans des conditions idéales, ce qui est le but de la collection Criterion.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition en en Français (Dolby 1.0 mono).

Sa dynamique est certes limitée par les techniques de l’époque et le format mais s’avère au mieux de ce qui se faisait alors. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité qui s’avérent même par moments surprenants de par l’utilisation du son si spécifique de Bresson.
Les rares moments musicaux sont correctement rendus malgré des limitations évidentes dans le haut comme le bas du spectre. Ils sont par ailleurs parfaitement intégrés au reste de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et les parasites et distortions sont limités aux maximum. L’écoute à fort volume n’est logiquement pas conseillée (sous peine de mettre en évidence du souffle) ni nécessaire.
Les basses fréquences sont logiquement absentes mais étant donné que Bresson n’a pas pensé son mixage sonore en les y incorporant, cela n’a rien de gênant.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et ont été intelligemment faits.

La technique si particulière de Bresson en matière de mixage sonore est superbement mise en valeur par cette bande-son de qualité impeccable et repectueuse des intentions.





Suppléments/menus
Une section passionnante et relativement complête qui manque cependant d’un documentaire analytique qui aurait permis de présenter la spécificité du cinéma de Bresson.

Le commmentaire audio de James Quandt est d’une densité rare que son débit vocal peut rendre parfois difficile à suivre. Mais l’intérêt des informations et de la brillante analyse délivrée fait rapidement oublier ce « défaut » et surtout permet de jeter un regard tout autre sur ce film mystérieux et complexe qu’il était loin d’être évident d’appréhender aussi brillamment.
L’introduction de Paul Schrader qui dure 14 min 47 est absolument passionnante car le cinéaste a vraiment été marqué à vie par ce film et il exprime cela avec une ferveur communicative. Il réussit a expliquer de façon relaitvement simple et concise et les révélations qu’il fait sur « l’intrigue » du film ne gachent en rien le visionnage de l’œuvre puisque son intérêt est tout ailleurs.

Le documentaire « The Models of Pickpocket » qui dure 52 minutes revient avec les acteurs non professionnels du film plus de 40 ans après son tournage. Les théories si particuliéres de Bresson sur les acteurs et leur jeu y sont brillamment exposé et l’enthousiasme des acteurs fait vraiment plaisir à voir. Le tout permet de mieux comprendre le rendu si particulier des acteurs dans les films de Bresson et c’est bien cela que l’on demande a un documentaire.
Les extraits de l’émission Cinépanorama ou Robert Bresson est interviewé, nous présente un homme tout à fait dans la tradition des grands artistes intellectuels français. L’intérêt de ce segment est tout de même assez limité lorsque le cinéaste prétend ne pas faire de films différents et parle finalement plus de lui que de son œuvre.
L’extrait d’une discussion/présentation du film et du cinéaste par l’actrice Marika Green, les cinéastes Paul Vecchiali et Jean Pierre Améris, est lui de son côté proche d’une véritable canonisation ou Bresson et le film est totalement encensé. Certes le cinéaste mérite cette enthousiasme mais il mérite aussi un recul critique et ce segment en manque malheureusement.
Vient ensuite un extrait d’une émission de la TV française (La piste aux étoiles) ou Kassagi, qui a conseillé Bresson sur les gestes des voleurs et en interprête un sur Pickpocket, démontre ses talents incroyable de Pickpocket.
Enfin cette section offre une bande-annonce de bonne qualité technique et qui présente le film de façon assez curieuse mais à le mérite de bien rendre compte de son caractère unique.

Voici donc un ensemble à la hauteur de l’œuvre mais auquel une présentation du cinéaste et des spécificités de son cinéma aurait vraiment été appréciable, notamment pour les personnes non familières avec son univers.





Conclusion
Voici donc une édition aux qualités audios et vidéos irréprochables et rendant honneur à l’œuvre qui plus accompagnée de suppléments de qualité.

Pickpocket est une œuvre différente, différente comme l’est la conception du cinéma de Robert Bresson. Le cinéaste envisage ce média comme un moyen d’explorer l’ame humaine, comme un art à part entière qui posséde des qualités bien spécifiques pour peu que l’on ne s’attache pas à la dimension divertissante du 7éme art mais plus à la puissance de l’image.
Ainsi Pickpocket est un film « a priori » de genre qui ne ressemble à aucun autre, une œuvre qui explore les tréfonds de l’ame humaine d’une façon unique et passionnante même si elle demande une certaine abnégation de la part du spectateur qui devra laisser de côté ses habitudes et se placer dans des dispsitions spécifiques auxquelles l’excellent introduction de Paul Schrader prépare admirablement.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
3,7/5

Note finale:
3,9/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2006-01-23

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Pickpocket

Année de sortie:
1959

Pays:

Genre:

Durée:
75 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Criterion

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Commentaire audio, introduction par Paul Schrader, documentaire, entrevue de Robert Bresson et de Paul Vecchiali, Paul Améris et Marika Green, extrait tv sur Kassagi, bande-annonce

Date de parution:
2005-11-15

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